Romain Nigita nous le disait mardi, Sterling K Brown, l’acteur de This is Us (la série à voir sur 6Ter) vient de remporter un très prestigieux trophée qu’il est le premier acteur noir à recevoir.

Contrairement à ce que pensent les Français, seulement 18 % des personnages sont noirs dans les fictions américaines. Je sais, ça paraît peu, dans un pays où la statistique ethnique est autorisée, où l’on n’hésite pas à parler quotas et où c’est même un job à part entière dans les chaines de télé de réfléchir à la représentation de la diversité à l’écran. Par ailleurs, notre CSA national vient de publier son rapport annuel sur la télévision française qui demeure d’une livide pâleur. Mais quand même la proportion de personnes « perçues comme non blanches » (c’est comme ça qu’on dit quand la loi interdit de compter les couleurs de peau) est en augmentation. Grâce à quoi ? A la fiction ! Et notamment à la fiction américaine qui fait monter le nombre de personnages noirs, chez nous. Voilà pourquoi, on se les imaginait plus nombreux aux Etats-Unis. 

Lorsque l’acteur de "This is Us" reçoit son prix, il y a conférence de presse. Et sa couleur de peau déclenche un autre débat, inattendu, de l’autre côté de l’Atlantique.  

On s’éloigne même carrément des séries télé. La journaliste Jaleesa Lashay ouvre le bal avec une question pour l’acteur qui, prévenait-elle, va déranger. Lui, noir, que pense-t-il de la couleur de la peau des journalistes qu’il a en face de lui ? : Are you aware of the disparities between the opportunities given to black journalists in comparison to our white counterparts and do you think there is any plan in Hollywood to make sure that the media room starts to reflect the diversity that we are beginning to see in the industry 

Sterling K Brown, prend alors un moment pour regarder les journalistes devant lui dans la salle et assène « you got a point », vous avez raison.

La salle devait être majoritairement blanche. Les chiffres officiels de l’ASNE, l’association américaine des rédacteurs de journaux, en 2017, donnent seulement 16,6 % des rédactions comme étant issues de minorités alors que 39% de la population américaine est non blanche. Si on regarde de plus près le New York Times, 80% des rédacteurs sont blancs et 8% sont noirs. La journaliste noire Jaleesa Lashay, qui a posé cette question, travaille elle-même non pas pour un média généraliste mais pour Black Tree TV, une plateforme de contenu qui dit s’adresser à un public noir.

Tradition très ancrée aux Etats-Unis d’une presse noire.

Ce qu’on surnomme la « Black Press » qui commence en 1827 avec le "Freedom’s Journal", une revue anti esclavagiste. Aujourd’hui, il existe environ 200 journaux visant un lectorat afro-américain, avec en plus des sites web comme The Grio et des chaînes télé comme BET qui d’ailleurs avait été lancée en France en 2015 sans animateur noir et se définissait alors comme une « chaîne ouverte, non communautaire ». Encore perçu comme un gros mot, la presse communautaire assume mal sa vocation en France alors qu’elle fait un travail à mon avis nécessaire, rendre visible ceux et celles qui sont encore absents de nos écrans.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.