C'est une page de l'histoire de la presse française qui va bientôt se tourner : dans un mois, "Le Républicain Lorrain" va diviser sa taille par deux et passer au format tabloïd. Alors ça change tout pour les lecteurs bien sûr, mais c'est aussi un symbole important ... Le point avec notre chroniqueur Cyril Petit.

Les unes du jour
Les unes du jour © Cyril Petit

C'est une page de l'histoire de la presse française qui va bientôt se tourner. Dans un mois, Le Républicain Lorrain va passer au format tabloïd, c'est à dire diviser sa taille par deux. Alors ça change tout pour les lecteurs, bien sûr. Mais c'est aussi un symbole important ...

Le Républicain Lorrain était le tout dernier quotidien papier généraliste* en très grand format. Ce format, appelé broadsheet (55 x 39 cm), est celui historique des journaux, composés à l’origine d’une seule feuille recto-verso. Des journaux taille XL hérités du 19ème siècle qui ont longtemps incarné l’autorité : ils avaient un contenu plus intellectuel que les concurrents plus petits. Mais, ces derniers temps, les grands journaux se sont pliés en deux. Les derniers à être passés au tabloïd : L’Equipe en 2015, L’Est Républicain en 2016, La Presse de la Manche il y a deux mois. Pour Le Républicain Lorrain, rendez-vous le 27 mars. 

On se souvient que le changement de L’Equipe avait fait grand bruit, c’était une révolution. C'est donc une tendance lourde. Désormais, il n’y aura donc plus que deux types de formats pour les quotidiens généralistes en France.

Deux grandes familles. D’un côté, les berlinois comme Le Monde, Les Échos, Ouest France ou La Provence. Ils sont vendus pliés ; sur la une, les titres les plus importants doivent, pour être visibles, se trouver au dessus de ce fameux pli. Et de l’autre côté, les tabloïds comme Libération, Le Parisien, La Voix du Nord ou Le Progrès. Ils sont les plus nombreux et s’autorisent des unes plus spectaculaires, moins bavardes. Mais sur le fond, les différences s’estompent. Historiquement, le mot tabloïd, au sens anglo-saxon, était associé à un traitement sensationnaliste, voire trash, de l’information. Ce n’est plus le cas. Une preuve? En Angleterre, The Guardian, un des plus sérieux journaux au monde, vient lui aussi de passer au tabloïd au début de l’année.

Mais alors pourquoi les journaux français basculent-ils vers ce format ?

Pour 3 raisons principales :

1.   La première est technique. Une rotative qui imprime déjà du broadsheet peut imprimer du tabloïd car il s’agit de plier la même feuille une fois de plus.

2.   Deuxième raison : faire des économies, car le prix du papier augmente. Ce n’est pas parce qu’on divise par deux la taille d’un journal qu’on multiplie par deux son nombre de pages. En revanche, plus on a de pages différentes, plus cela offre des pages à droite, idéales pour accueillir... les publicités.

3.   Troisième raison : s'adapter aux nouveaux usages des lecteurs. Ras le bol de jouer des coudes dans le bus avec L’Equipe ou de faire de la place sur la table de la cuisine pour lire au calme L’Est Républicain ! Le tabloïd est plus maniable, plus pratique. Il facilite également la lecture du journal en version numérique sur tablette ou smartphone. 

Ce qui est étonnant, c'est que la France est une exception. Le broadsheet, le grand format, est toujours présent à l'étranger.

Oui, quelques exemples : la plupart des quotidiens allemands sont restés au broadsheet. En Inde, où la presse papier se vend très bien, le grand format domine. Outre-Atlantique, il est majoritaire. Le New York Times, le journal de notre invité, est aussi grand. Petite spécificité de la majorité des journaux nord-américains cependant : ils sont en demi-broadsheet, un grand journal coupé en deux mais dans sa hauteur… A ne pas confondre avec le tabloïd donc.  

Broadsheet et demi-broadsheet verticale, ça commence à devenir technique votre truc ! Bon, cette révolution du papier dans la presse quotidienne n’empêche pas d’autres publications de voir grand… Même en France.

Le grand format permet de faire l'événement. Il y a dix jours, Le Parisien, s’est transformé en Le Grand Parisien pour un numéro XL spécial Grand Paris. Et puis quelques hebdos sont encore imprimés sur de grandes feuilles : c’est le cas du Canard Enchaîné, du Démocrate de l’Aisne (le dernier journal d’Europe composé au plomb), ou du 1. Le 1, qui cette semaine, a même sorti un journal XXXL : sa feuille unique, pliée en 16, mesure... 1,20 m de long.

1,20 pour le Tigre ! Un hors série consacré à Clémenceau. D'ailleurs Eric Fottorino, fondateur du 1, explique que son hebdo qui se déplie comme un poster permet de faire des rencontres, dans le bus ou dans le métro : on est obligés de le déplier sur les genoux de ses voisins ! 

* Mise à jour du 27 février : un quotidien spécialisé est toujours publié en broadsheet (mais un peu plus petit que Le Républicain Lorrain) : il s'agit du titre de la presse hippique Paris Turf.

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