A force d'entendre des animateurs de télévision nous dire que "c'était mieux avant", j'ai eu envie de me plonger dans la télé qui se faisait juste AVANT ma naissance en me disant que j'avais peut-être loupé quelque chose.

Vincent Lagaf en 1992
Vincent Lagaf en 1992 © Getty / Eric Fougere/Corbis

Je suis né le 30 mai 1992. Quelques jours auparavant, le paysage audiovisuel français accueillait un nouvel animateur en la personne de Vincent Lagaf'... Il avait alors 32 ans et venait de se voir confier Yacapa sur France 3, sa première émission en tant qu'animateur.

Son parcours

Mais il faut se souvenir qu'il n'a pas eu besoin de cette expérience pour être éminemment populaire. Il l'était déjà à l'époque ! Aussi étrange que cela puisse paraître, il était devenu, quelques mois auparavant, une star de la chanson. Lui qui était jusque-là rien de plus qu'un humoriste assez médiocre avait sorti un tube, un vrai tube. Numéro 1 du Top 50 pendant onze semaines. Une chanson qui a marqué plus d'une génération. Cette chanson, c'est "La Zoubida".

La Zoubida, donc. Notez-bien le LA qui précède Zoubida, il a son importance. On dit LA Zoubida, comme on dit LA chaise, LA table, LA merguez, LA mule ou encore LA bougnoule. 

Parce qu'on ne va pas passer par quatre chemin, c'est bien de cela dont il est question dans cette chanson : de bougnoule. Et si j'utilise ce terme, c'est justement pour faire écho à la violence que l'on se prend, lorsque l'on est arabe en France et qu'on entend La Zoubida. Vous pouvez me croire, j'en suis. On a l'impression d'être des bougnoules. Rien de plus.

Je vous explique tout. Dans le clip qui a accompagné ce tube, on voit Vincent Lagaf' en djellaba et en keffieh se trémousser de manière tribale pour raconter l'histoire de LA Zoubida. Le tout avec un fort accent pour encore plus souligner qu'on parle là de bougnoules.

L'histoire de La Zoubida

C'est donc l'histoire d'une jeune fille maghrébine qui, un soir, rêve d'aller danser à Barbès. Drôle d'idée mais pourquoi pas. Sa mère, rétrograde comme le sont les mamans bougnoules, refuse. La Zoubida, elle fait quoi ? Elle fait le mur pour aller à sa soirée ! Et elle ne s'y rend pas seule. Elle y va avec, avec, avec ?  Avec Moktar et son scooter doré !

Bah oui ! Avec Moktar et son scooter doré. Ah il beau le scooter doré de Moktar. C'est rare un scooter doré. Et puis l'avantage avec "un scooter doré" c'est qu'on peut assez facilement trouver une rime faible pour faire rire toute la France. Vous l'avez ? "Le scooter, Moktar l'avait volé."

Bah oui ! Le scooter doré, Moktar il l'avait volé ! Bref, je m'arrête là sinon je sens que je vais vriller. Cette chanson est choquante. Ce clip est choquant. Et le succès de ce titre est encore plus choquant. Toujours est-il que ça n'avait suscité qu'une toute petite polémique à l'époque. 

Et je pense savoir pourquoi : au début des années 90, il y avait très peu d'arabes et de noirs médiatiques qui auraient pu se révolter face à ces caricatures infâmes. Les Arabes et les Noirs n'avaient pas accès au micro. Ils étouffaient leur cri devant la télévision. Enfin si, il y avait quelques visages différents dans le petit écran mais ils étaient cantonnés à des rôles assez particuliers... Pépita de Pyramides par exemple. Allez, je ne résiste pas à l'envie de vous faire écouter un extrait. Élément de contexte, elle tient à la main une carte postale où est représenté un petit singe... et où on la compare à ce petit singe.

Voilà. C'est trash. Heureusement, aujourd'hui, il y a pléthore d'Arabes et des Noirs à la radio et à la télé capables de se mobiliser et de taper du poing sur la table. Je plaisante, heureusement qu'il y a les réseaux sociaux aujourd'hui pour faire entendre ces voix. Hashtag Je suis Zoubida. 

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