Aujourd'hui, plongée dans l'histoire des unes de la presse avec Cyril Petit, à l'occasion de la parution d'un ouvrage dirigé par Patrick Eveno.

Les unes d'aujourd'hui
Les unes d'aujourd'hui © Cyril Petit / Radio France

C’est tout le paradoxe : alors que la presse est touchée par une grave crise, on n’a jamais autant regardé et commenté les unes. Toutes les chaînes d’info font leur revues de unes (pas leur revue de presse, leur revue de une, c’est uniquement visuel). A chaque grand événement, tragique ou heureux, on voit fleurir des diaporamas web avec les unes. Elles envahissent les réseaux sociaux : les plus frappantes sont relayées des millions de fois, comme ce fut le cas pour celles attaquant Trump après Charlottesville. Chaque soir, on attend les unes du lendemain. Celle de Libération est très partagée sur Twitter, alors que je rappelle que seulement 20 000 personnes achètent Libé en kiosque. Les unes de L’Equipe sont scrutées après un exploit sportif. Grâce au numérique, les Français se ruent sur les couvertures du New Yorker, de The Economist, ou du Spiegel allemand qu’ils ne liront jamais. Autre exemple, plus local : chaque jour, les 33 unes du Dauphiné Libéré sont postées sur Faceboook. Et les lecteurs adorent. Il faut dire qu’aujourd’hui encore, on n’a rien inventé de mieux qu’une une pour hiérarchiser l’info. En Grande-Bretagne, un titre comme The Independent, qui a arrêté son édition papier, continue d’ailleurs de publier sur le numérique une vraie une ; Edwy Plenel partage souvent la home page de Mediapart comme si c’était la une du Monde qu’il dirigeait à une autre époque !

Justement, il existe deux grands modèles de unes. Il y a celles qui informent, typiquement les journaux de format berlinois, les grands (Le Monde, Le Figaro, Ouest France, Le Canard Enchaîné...) : très chargées en textes. La lecture commence dès la première page. Et puis celles qui ressemblent plus à des affiches, ce sont les plus partagées : elles interpellent. Libération en est le spécialiste mais on compte dans cette catégorie également La Voix du Nord, Le Télégramme, parfois Le Parisien et une grande partie de la presse magazine, dont Paris Match ou Society.

Society justement, c’est la couverture de la semaine. Sur fond rose chewing-gum, Trump et Kim-Jong Un, tout sourire. Le titre “Dumb et Dumber (référence au film foutraque de 1994). Ces deux dingues vont-ils se faire la guerre”. Cette année, Society a reçu justement le prix de la meilleure couverture avec “Marche ou crève” dans l’entre-deux-tours de la présidentielle. Chez Society, ils ont même reconstitué un rayonnage de marchand de journaux. Ils font des dizaines d’essais et les testent visuellement au milieu des autres titres.

La une est-elle donc aussi un outil marketing? Elle doit faire vendre alors que la concurrence chez le marchand de journaux fait rage. Conséquence du marketing : aujourd’hui, les unes peuvent parfois être différentes en fonction des lieux : Paris Match n’a pas toujours la même couverture en France et ailleurs. Récemment, le 24 août : Stéphane Bern et son compagnon étaient en une de Paris Match en France quand le roi et la reine d’Espagne trônaient sur celle de l’édition internationale après l’attentat de Barcelone. Autre exemple : L’Equipe régionalise de plus en plus ses unes. Jusqu’à 26 éditions différentes pour la reprise de la Ligue 1 : à Marseille, on a un visuel de l’OM, à Paris du PSG. Et ça, ça marche, puisque une des plus fortes récentes du quotidien sportif en Bretagne c’est en 2009 quand, avant la finale 100% Breizh Guingamp-Rennes, la une était… en breton ! Cette régionalisation peut parfois faire grincer des dents... En 2013, une une de L’Equipe avait fait beaucoup parler : Paris avait battu Marseille 2 à 0. L’édition nationale titrait “Paris met l’OM à genoux”, quand l’édition à Marseille titrait : “L’OM méritait mieux”. Ce qui était plus vendeur dans la cité phocéenne.

100 ans à travers les Unes de la presse, de Patrick Eveno, sort mardi 3 octobre, chez Larousse.

Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.