Ce matin, Cyril Petit rend hommage à des travailleurs de l'ombre indispensables à la vie des journaux régionaux : les porteurs.

Un passage des concurrents de la course des porteurs de journaux à Paris, France en 1930.
Un passage des concurrents de la course des porteurs de journaux à Paris, France en 1930. © Getty / Keystone-France\Gamma-Rapho

On ne parle jamais d’eux. Pourtant, pendant notre sommeil, ils viennent déposer notre journal devant la porte, sous le paillasson, dans la boîte aux lettres. On en compte 21 000, qui distribuent la presse régionale aux abonnés: 4 000 par nuit pour Ouest France, le record ; 1 000 pour les journaux du groupe Centre France ; 700 pour Le Dauphiné ; 600 pour La Provence, 500 pour La Dépêche du Midi, 300 pour L'Union ... Sans eux, une majorité de Français n’auraient pas accès à leur journal.

Les ventes de presse numérique augmentent mais le portage représente toujours 56% de la diffusion. Soit, 690 224 334 journaux l’an passé. Et la livraison constitue la première raison de mécontentement des lecteurs. Une erreur dans un article ça passe, un retard ça casse. La plupart des journaux sont distribués avant 7h30. Le porteur embauche vers 2 ou 3 heures, récupère ses exemplaires sortis d’imprimerie et les livre un à un, en voiture, en deux-roues ou à pied, par tous les temps souvent avec une lampe frontale pour ne pas rater la boîte aux lettres dans le noir. Une tournée dure deux à trois heures pour livrer 200 à 350 journaux sur une zone de 20 à 40 kilomètres. 

Et c’est un métier qui recrute. Les annonces fleurissent. Cet été, Le Parisien cherchait à en embaucher cent en Île de France. Ouest France, de son côté, cherche à en recruter plusieurs à Laval et dans le Sud Mayenne. Sachez aussi que le Courrier Picard en cherche un dans les secteurs Longueil-Sainte-Marie Ribécourt-Dreslincourt et Chevrières. Les porteurs sontdes retraités, des actifs, des étudiants. Activité principale pour les uns, job d’appoint pour les autres, comme Brigitte et André qui habitent à Brévonnes dans l’Aube. Elle est secrétaire médical, lui employé communal, dont L’Est Eclair racontait l’histoire cet été. Ils enchaînent portage de 3h30 à 5h45, puis journée de travail. Ils sont également de plus en plus nombreux à livrer des journaux pendant quelques mois, le temps de rembourser un crédit. 

Combien gagne un porteur ? Salarié ou indépendant, un porteur qui travaille cinq jours sur sept pendant trois heures peut gagner entre 500 et 600 euros net, indemnités kilométriques comprises. Soit un peu plus de 20 centimes par journal distribué. 

Je vous ramène à la toute fin du 19ème siècle, lors de l’élection de Félix Faure : une course de porteurs cycliste est organisée entre Versailles et Paris. Ainsi naissait le « Championnat de la Presse » : chaque porteur devait parcourir 15 à 20 kilomètres lesté de 15 kilos de journaux. Très grand succès jusqu’à la fin des années 1950. Certains porteurs participèrent même au Tour de France : On les appelait les “roule-toujours”. En 2018, malgré la crise de la presse, ils roulent toujours.

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