Hululements et silences.. on écoute les sons de la nuit aujourd'hui avec Jérome Sueur...

Chouette hulotte
Chouette hulotte © Getty

Voilà un chant nocturne que l’on connaît bien, Jérôme. Il s'agit bien de la chouette hulotte, n'est-ce pas ?

Oui, Mathieu, la hulotte glisse en douceur dans nos nuits en semant quelques hululements harmoniques au-dessus de nos têtes endormies. Sa soeur la chouette d'Athéna (Athene noctua) est un animal à valeur symbolique très ambiguë : tantôt guerrière ou sage et philosophe, tantôt clairvoyante ou aveugle, tantôt porte bonheur ou porte malheur, tantôt déesse ou compagne des sorcières, tantôt frappée sur monnaie ou clouée sur les portes.

Les nombreuses croyances antiques et médiévales des chouettes et hiboux semblent le plus souvent liées à leurs talents de prédateurs nocturnes.

Mais sait-on pourquoi ces oiseaux sont de bons prédateurs ?

Pour être un bon prédateur il faut deux grandes qualités : être discret et précis dans son attaque. Les chouettes et hiboux ont une excellente vue, sont rapides, agiles et dotés de deux grandes qualités acoustiques : leur vol est silencieux et leur ouïe est excellente comme chez le hibou petit-duc (Otus scops) dont voici le chant à la pureté tonale sans égale...

En quoi le silence peut-il leur être utile ?

Le silence permet de ne pas être détecté par les proies tout en s'approchant. La furtivité est liée à des propriétés anatomiques des ailes.

Les chouettes et hiboux ont de longues ailes leur assurant une charge alaire, c'est-à-dire un rapport taille sur poids, faible et un vol lent réduisant ainsi les bruits aérodynamiques. L'organisation et les microstructures des plumes, qui leur donnent notamment un aspect de velours, stabilisent les flux d'air à la surface des ailes. De telles microstructures ont d'ailleurs été imitées par des constructeurs de pales éoliennes afin de réduire le bruit aérodynamique.

Le silence du vol permettrait aussi à la chouette de mieux entendre car elle ne serait pas perturbée par les sons de son propre corps. L'ouïe est un élément essentiel de la chasse nocturne puisqu'il faut détecter, reconnaître puis localiser les proies comme y excelle la petite chouette montagnarde de Tengmalm (Aegolius funereus)....

Comment procède donc cette chouette pour trouver ses proies ?

Les chouettes ont tout d'abord une oreille très sensible pouvant détecter des sons très faibles, en dessous du seuil de l’audition humaine. Par ailleurs, leur tête en forme de disque fonctionne un peu comme une parabole qui filtre et concentre les sons vers les oreilles. Enfin, ce sont des surdouées de l'audition binaurale, c’est-à-dire de l’écoute stéréo.

Nous sommes tous capables de localiser des sources sonores : les sons arrivent à nos oreilles avec de légères différences d'intensité, de temps et de phase que notre cerveau analyse pour nous indiquer où se situe le son.

Nous sommes relativement bien dotés pour ce qui est de la localisation gauche-droite mais plutôt déficients pour la localisation haut-bas. Pourquoi ? Car nos oreilles sont à peu près dans le même plan horizontal, ce qui est d'ailleurs plutôt bien pour notre esthétisme.

Et les chouettes alors ? 

Certaines chouettes comme celle de Tengmalm sont un peu difformes : leur oreille droite est plus haute de quelques millimètres que leur oreille gauche. Cette asymétrie verticale, associée à une carte neuronale auditive unique, leur permet de localiser verticalement les sons et trouver ainsin sans erreur dans le noir total le mulot lui-même affairé à trouver pitance.

Hululements et silences, fermons les yeux, ouvrons les oreilles et écoutons la nuit, ce sera bien !

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque avec pour cette chronique des enregistrements de Fernand Deroussen.

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