Aujourd'hui dans le Son de la terre, Jérome Sueur nous propose d'écouter de la musique animale.

Baleine à bosse
Baleine à bosse © Getty

Les animaux sont aussi des musiciens et  des compositeurs.

Des oiseaux musiciens : Dans "The Great Animal Orchestra", symphonie composée par Richard Blackford et Bernie Krause. Nous avons entendu le chant sautillant du troglodyte musicien (Cyphorhinus arada), un petit oiseau sud-américain, repris par la flûte et l'orchestre. Cet oiseau produit des sons purs, tonaux, de durée régulière comme des noires ou des croches dont les intervalles de hauteur correspondent parfaitement à des sauts de quarte, de quinte ou d'octave. Cet oiseau a d'ailleurs inspiré de nombreux compositeurs comme le brésilien Heitor Villa-Lobos qui lui a dédié une symphonie. Vient ensuite le doux chant nocturne de l'ibijau gris (Nyctibius griseus), un autre oiseau sud-américain, cette fois imité par le trombone . Le chant de l'ibijau gris est remarquable car il suit une gamme descendante en partant du si de la cinquième octave : si-la-sol-fa-ré#-do#. Cette gamme dite gamme par tons ne comprend que six notes espacées régulièrement d'un ton alors que la gamme chromatique classique est articulée selon sept notes avec une alternance de tons et de demi-tons. Claude Debussy en fera sa signature musicale.

Et qu'en est-il des animaux marins ? Existe-t-il des mélodies animales aquatiques ? Olivier Adam de Sorbonne Université et Aline Pénitot, bassoniste et compositrice, ont accordé le chant de la baleine à bosse de Madagascar et le chant du basson dans un projet artistique et scientifique. La convergence entre la baleine et le basson est multiple : convergence de hauteur de son, convergence harmonique, convergence mécanique avec la mise en vibration d'une membrane double au niveau de cartilages du sac laryngé de la baleine et mise en vibration de l’anche double du basson et, enfin, convergence technique avec une respiration circulaire chez la baleine comme chez la bassoniste. Dans  "La réponse de la baleine" d’Aline Pénitot, vous verrez qu’il est impossible de savoir qui est la baleine, qui est le basson.

Mais alors, les animaux sont-ils musiciens ? Un raisonnement un peu rapide et une écoute très sélective pourrait nous faire croire que les productions sonores animales sont de la musique. Mais les cas de convergence entre règles sonores animales et règles de la musique occidentale, comme nous venons de l’entendre, sont en réalité très rares. Par ailleurs, "La musique est l'art des sons", selon la définition de Francis Wolff mise en avant dans son traité "Pourquoi la musique ?". Or, à l'évidence, il n’existe pas d'intention musicale chez les animaux. On conclut donc, dans un premier temps, que les animaux ne sont pas musiciens. Mais, toujours selon Francis Wolff, l’art est surtout la création d’un objet ou d’un acte qui suscite l’admiration. Puisqu’il est aussi évident que les chants des oiseaux et des baleines suscitent notre admiration, on conclut, dans un deuxième temps, que les animaux sont musiciens. Ce sont des raisonnements un peu rapides, il n’est pas facile de répondre en quelques mots à votre question Mathieu. Je vous remercie d’ailleurs de l’avoir posée.

En attendant de pouvoir prendre plus de temps pour y réfléchir, fermons les yeux, ouvrons les oreilles, écoutons le son ou la musique de la Terre, ce sera bien.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et avec, pour cette chronique, l’aide musicale de Laurent Lellouch.

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https://alinepenitot.com/category/la-reponse-de-la-baleine-a-bosse/

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