En mai dernier, le gouvernement a lancé un plan de 8 milliards pour subventionner l’achat de voitures électriques. Le but : « encourager tous les ménages à se doter d’un véhicule propre ». Qu’en est-il vraiment ?

On constate que les véhicules électriques sont beaucoup plus polluants à la fabrication que leurs équivalents essence ou diesel. Leur production peut émettre deux fois plus de gaz à effet de serre selon le type d’énergie utilisée. La toxicité pour les sols et des eaux est doublée, voire triplée. Pourquoi ? A cause de l’extraction et l’affinage des métaux. Le véhicule électrique est emblématique du principe de la transition énergétique : on transfère aux métaux la demande de puissance qui reposait, depuis le début de l’industrialisation, sur les énergies fossiles (charbon et pétrole). Rien que pour les batteries, la demande en métaux pourrait augmenter de 1000 %. Le problème, c’est que l’industrie minière est réputée la plus polluante au monde. 

Que faut-il exactement pour électrifier les véhicules ?  

Par exemple, beaucoup de cuivre : 4x plus que dans une voiture à essence, sans compter l’infrastructure de recharge – 100 kg pour une prise alimentant 120 véhicules. Le problème, c’est que le cuivre est naturellement associé dans la roche à des métaux toxiques comme l’arsenic, le plomb. Comme la teneur de tous les gisements baisse, on se retrouve avec des quantités toujours plus colossales de résidus empoisonnés, stockés dans des barrages, qui rompent régulièrement et déferlent dans les rivières. 

Parlons du lithium : plusieurs centaines de kilos par batterie de véhicule. Pour le produire, à Atacama, au Chili, les miniers prélèvent 200 millions de litres par jour en plein désert. Non loin, sur les hauts-plateaux andins d’Argentine, les communautés Kollas, qui vivent sobrement d’élevage de lamas, d’extraction artisanale de sel, luttent contre un projet d’exploitation de 180 000 hectares sur leurs terres collectives. Pour bloquer les forages, elles organisent des tractages sur la route, à 3000 mètres d’altitude. Voici ce que l’Assemblée des communautés autochtones Kolla pense de notre « transition énergétique » : « Au lieu de remettre en question un mode de développement désastreuxtous les moyens sont bons pour maintenir le mode de vie des Etats-Unis et de l’Europe. Mode de vie qui, s’il était généralisé, nécessiterait trois à cinq planètesL’extraction de lithium est une catastrophe écologique, et non un simple désagrément qu’on pourrait compenser par des dons aux communautés ». 

Comme les batteries des VE ne durent qu’une dizaine d’années, qu’on les utilise ou non, le pari consiste à amortir toutes ces pollutions par l’usage. C’est très hypothétique ! Il faut que ces voitures aient de petites batteries, donc ne servent qu’à des déplacements locaux. Que leur usage soit intensif, sans quoi la batterie devient inutilisable avant même d’avoir servi à polluer moins. Que leur recharge s’effectue avec des énergies renouvelables – et en mode lent, pas tous en même temps, pour ne pas créer de pics de consommation d’électricité. Que les véhicules soient partagés, etc. 

Mais alors sur quoi sont fondés les bienfaits des véhicules électriques ?  

Une réduction des pollutions urbaines, obtenue au prix d’une délocalisation des pollutions et d’une modification de leur nature. Mais leurs bénéfices écologiques ne reposent pas tant sur des acquis actuels que dans la croyance dans le progrès. C’est la « main invisible » du big data qui va organiser tout ça. Car les véhicules électriques ne sont qu’une brique technologique d’un projet issu des Silicon Valley : des voitures électriques, connectées, autonomes. C’est l’ensemble de ce projet qu’il faut regarder, qui est extrêmement problématique, tant socialement qu’écologiquement.

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