Lancés actuellement pour faire baisser les émissions de CO2… En quoi consistent ces plans hydrogène ? L’impulsion vient d’un sommet organisé à Davos en 2017 qui a réuni les dirigeants des grandes entreprises pétrolières et gazières : Air Liquide, Total, Shell, The Linde Group, etc.

L’idée de ces plans hydrogène est de faire baisser les émissions de CO2 de l’industrie lourde et des transports longue distance en les alimentant avec de l’hydrogène « bas carbone ». En France, le gouvernement va y consacrer 7 milliards d’euros sur dix ans. Au niveau européen, les investissements sont de 430 milliards d’euros, dont un tiers provenant de fonds publics. Un chantier colossal, donc, qui présente l’intérêt d’attribuer aux entreprises du secteur des industries fossiles les crédits publics destinés à la transition écologique. Sur le papier, c’est formidable : on aurait enfin trouvé un substitut miraculeux au gaz et au pétrole, mais en pratique, c’est, littéralement, une usine à gaz...

Comment produit-on de l’hydrogène « bas carbone » ?

Aujourd’hui, l’hydrogène est à 95 % produit à partir de pétrole, charbon ou gaz. On l’utilise pour le raffinage du pétrole, pour produire des engrais ou encore des plastiques. Un des volets du projet est d’alimenter ces usines avec de l’hydrogène produit par électrolyse à partir d’eau. 

Le procédé est connu depuis plus d’un siècle : il s’agit de casser la molécule H2O pour récupérer du dihydrogène. Mais ce procédé demande des quantités d’électricité faramineuses. Prenons par ex l’usine d’engrais Boréalis, en banlieue de Rouen, qui produit 400 000 tonnes d’ammoniac par an à partir d’hydrogène. Une équipe de chercheurs de l’Atelier d’Ecologie politique s’est amusée à calculer que pour l’alimenter en hydrogène « vert », il faudrait 3300 hectares de panneaux photovoltaïques, soit 4622 terrains de football ! Juste pour une usine...

Justement, en Gironde, Engie et Neoen s’apprêtent à raser une forêt de pins pour implanter un complexe photovoltaïque et un site de production d’hydrogène vert sur 1000 hectares. Ce sera l’un des plus grands sites de photovoltaïque en Europe : il représente pourtant moins d’un tiers de ce qu’il faudrait pour décarboner cette usine d’engrais.

Et comme l’objectif est non seulement de remplacer l’hydrogène déjà utilisé par l’industrie mais aussi d’alimenter notamment les camions ou les avions à l’hydrogène, les quantités d’électricité à produire sont colossales. Conséquence pour la France : la discrète relance du nucléaire.

Car l’hydrogène produit à partir d’électricité nucléaire est considéré comme « décarboné »…

C’est ce que la France a réussi à imposer au niveau européen, malgré les protestations des ministres de l’Environnement de plusieurs pays exigeant que le dispositif soit restreint à « de l’hydrogène obtenu exclusivement à partir de sources d’énergie renouvelables » pour respecter un « principe de non-nocivité ». Mais on en est loin, puisque l’hydrogène justifie aujourd’hui la prolongation de la durée de vie des réacteurs nucléaires, dont 46 sur 56 vont atteindre leur durée de fonctionnement maximale de 40 ans d’ici à 2028. 

Le PDG d’Air Liquide a récemment déclaré à Commission des affaires économiques du Sénat : « Si l’on peut utiliser des centrales nucléaires que l’on veut arrêter – alors qu’elles peuvent encore fonctionner ! – pour faire de l’électricité, qui serait convertie en hydrogène puis serait stockée, pourquoi s’en priver ? Si le but final est celui de la préservation de la planète, il faut mettre en œuvre les moyens optimaux. » 

Mais est-ce vraiment le but final ? telle est la question.

Une chronique en partenariat avec le site Reporterre, le quotidien de l'écologie.