Pas sûr que vous les connaissiez, pourtant ils sont importants pour l’histoire de l’Europe. C’est un peuple d’éleveurs nomades des steppes de l’âge du Bronze, la période juste après le Néolithique, il y a environ 4 à 5000 ans.

Ils vivaient au nord de la mer Noir et de la mer Caspienne, dans la région de la Volga. Ils sont les premiers à avoir développé les chariots à roue, chariots qui étaient tirés par des bœufs. On a découvert il y a 5 ans qu’ils sont importants dans l’histoire de l’Europe. En analysant l’ADN des populations européennes, on a pu montrer qu’ils ont contribué fortement à notre pool génétique. Les populations actuelles du Nord de l’Europe, comme les britanniques ont jusqu’à 80% de leur génome qui remonte à ces nomades des steppes ! Dans le Sud, comme en Espagne ce pourcentage atteint 30%. On connait une seule exception en Europe qui n’a pas été touchée par cette nouvelle vague de migrations. La Sardaigne. Dans le génome des Sardes aucune trace de ces nomades des steppes.  

Autrement dit, il y a environ 5000 ans, ces gens des steppes sont arrivés en Europe. Avant les analyses d’ADN des populations anciennes en Europe, presque personne ne pensait à cette arrivée majeure des nomades des steppes quelques millénaires après les agriculteurs.  

Que sait-on d’autre sur cette grande migration ? 

Des chercheurs se sont intéressé à un chromosome bien particulier, le chromosome X. C’est ce chromosome avec le chromosome Y qui détermine le sexe génétique. Les femmes sont XX alors que les hommes sont XY. Or si l’on regarde les chromosomes X d’européens actuels, ceux-ci ont peu de traces de ces nomades des steppes. Autrement dit peu de trace de femmes venues des steppes, ce sont essentiellement des hommes qui ont contribué à notre patrimoine génétique. Est-ce que c’est une invasion de guerriers ou un mélange petit à petit par les hommes se mariant avec des femmes locales, encore difficile à dire.  

Pourquoi sont-ils venus ? 

C’est une bonne question, il y a plusieurs hypothèses. Tout d’abord, il y a l’hypothèse de la première grande épidémie. En plus de l’ADN des humains, dans les squelettes on peut retrouver l’ADN de certains pathogènes qui ont infectés ces humains. Or, il y a 5000 ans, c’est la période où on retrouve en Europe les premières traces de Yersina Pestis, la bactérie responsable de la peste. Ainsi, certains chercheurs pensent que les populations locales auraient été affaiblies par la peste ce qui aurait permis à ces nomades de venir en Europe. Ou encore que ce sont eux qui auraient amené la peste dans leur bagage. Une autre hypothèse est plutôt climatique, avec un changement climatique qui aurait rendu les terres moins exploitables par l’agriculture qui aurait reculé, alors que le climat aurait été plus favorable au mode de vie des éleveurs-nomades.  

Ainsi si vous n’êtes pas sardes et que vous avez au moins un ancêtre européen, vous descendez à la fois de chasseur-cueilleurs peintres de Lascaux, d’agriculteurs venus du Moyen-Orient et de nomades venu des steppes, les Yamnayas. C’est un beau mélange qui a façonné l’Europe.  

Merci Evelyne Heyer, on vous retrouve la semaine prochaine avec le Muséum National d’histoire naturelle. Et je rappelle que vous êtes l’autrice du livre« L’Odyssée des gènes » qui est publié chez Flammarion.