Dans la « chronique du vivant » de Marc-André Selosse, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle on se demande si les virus sont vivants. Ils défraient l’actualité mais c’est bon de savoir à qui on a affaire.

Marc-André Selosse dans la  « chronique du vivant »  en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle se demande si les virus sont vivants ?

C’est quoi un virus ? On a tous en tête l’image de la particule virale, inerte, qu’on appelle le virion. C’est par elle qu’on illustre le SARS-CoV2, par exemple. Cependant la représentation du virion est trompeuse. C’est la forme de propagation, celle qui ne doit pas franchir votre masque (celui qui est bien ajusté sur le nez). Mais cela revient à représenter un chêne par un gland : inerte, le gland est une forme de propagation en attente de germination. N’importe qui représenterait plutôt le chêne vivant, comme un arbre. Notre imaginaire du virus représente donc seulement sa forme inerte de transmission.

Et sa forme « vivante », c’est quoi ? Eh bien, c’est la cellule qu’il habite et parasite ! Car le virion ne contient que l’information génétique qui permet de reprogrammer cette cellule : en ce sens, on comprend la métaphore du virus informatique, ce petit programme qui n’est rien en lui-même, mais peut reprogrammer votre ordinateur.

L’état vivant du virus, c’est une cellule qu’il occupe : le virologiste Patrick Forterre appelle cela la « viriocellule ». C’est une cellule totalement reprogrammée pour produire des virus et qui en meurt finalement. Évidemment, le virus est très dépendant : il emprunte tous les constituants de la cellule pour se multiplier. C’est un parasite extrême, qui vit dans la peau d’un autre. Mais vous savez, tous les êtres vivants dépendent des cellules d’autres organismes !

Par exemple ? Vous, Mathieu et Camille, vous parasitez la photosynthèse des cellules des plantes : si elles ne fabriquaient pas de matière organique, ni vous, ni les animaux que nous mangeons ne survivraient. Les animaux sont des parasites de cellules de plantes ! Dans votre alimentation, vous parasitez et tuez aussi les cellules qui produisent des vitamines et les acides aminés essentiels, que vos propres cellules ne fabriquent pas.

Évidemment on voit moins le lien entre vous et ces cellules : vous ne vivez pas dedans, mais néanmoins vous dépendez bel et bien d’elles. Dépendre des autres n’est pas une clause d’exclusion du vivant, au contraire !

Alors, vivant ou pas ? Tout dépend de votre définition du vivant. Pour moi est vivant ce qui évolue. Les virus sont capables de muter et soumis à la sélection naturelle : c’est ainsi que certains variants du SARS-CoV2, mieux adaptés à nous, envahissent hélas la population européenne. Les virus évoluent, -donc, pour moi, sont vivants. Mais certains virus ont encore une autre forme que le virion (la forme de propagation) ou la viriocellule active.

Comment font-ils ? Certains virus peuvent intégrer leur matériel génétique à celui de la cellule où ils sont rentrés, sans s’activer et donc sans dégât : c’est le cas du virus du sida. Cette stratégie subreptice laisse se multiplier la viriocellule. Le virus sera donc présent dans le génome des descendantes formées. Sporadiquement, il s’active et tue quelques-unes de ces viriocellules, et produit donc plus de descendants que s’il avait utilisé seulement la viriocellule initiale. Cela revient à engraisser une oie pour avoir plus à manger ! Cette stratégie d’attente présente néanmoins un risque : au cours du temps, une mutation peut détruire la capacité du virus à s’activer !

Étrangement, de tels virus peuvent devenir utiles à la cellule où il vivent !

Des virus utiles ? Oui, mais ce sera pour la semaine prochaine !

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle et c’est à réécouter sur Franceinter.fr.

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