Aujourd'hui Evelyne Heyer nous parle d’histoire de femmes et d’histoire d’homme

Histoire de femmes et d’histoire d’hommes avec la généticienne Evelyne Heyer en partenariat avec le MNHN

Aujourd’hui vous allez nous parler d’histoire de femmes et d’histoire d’hommes ? Oui tout à fait, l’ADN nous en raconte toute une partie. L’essentiel de notre ADN est contenu dans le noyau de la cellule, c’est là que l’on trouve l’ADN reçu de nos deux parents. Mais, il existe d’autres éléments dans la cellule qui contiennent aussi de l’ADN : les mitochondries. Ce sont des petits organes cellulaires qui servent à la production d’énergie de la cellule. Ces mitochondries, nombreuses, contiennent de l’ADN uniquement reçu de notre mère. En l’analysant c’est en quelque sorte l’histoire des lignées maternelles que l’on peut reconstituer. Dans l’ADN du noyau, il y a son pendant masculin : le chromosome Y qui lui n’est transmis que de père en fils et qui permet donc de retracer l’histoire paternelle d’un individu. La comparaison de ces deux ADN dans les populations humaines a révélé des histoires bien différentes.

Ah oui lesquelles ? Et bien si l’on compare entre elles les populations humaines elles se ressemblent plus pour l’ADN mitochondrial que pour le chromosome Y. C’est une signature de plus de migrations par les femmes : celles-ci en migrant d’une population à l’autre amène leur ADN mitochondriale et font que les populations se ressemblent pour cet ADN. A l’inverse les fortes différences pour le chromosome Y dénotent une beaucoup plus faible migration des hommes entre les populations. Nous sommes une espèce où ce sont les femmes qui migrent !

Comment l’expliquer ? Il faut se pencher vers la manière dont on se marie dans les populations humaines. Lorsqu’un homme et une femme se marient et proviennent de villages différents, ils peuvent s’installer soit dans le village de la femme, on parle de matrilocalité. Ou s’installer dans le village de l’époux, on parle de patrilocalité ou encore dans un endroit différent de là d’où viennent les deux familles on parle alors de néolocalité. Dans le cas de la matrilocalité, ce sont les femmes qui restent et les hommes qui bougent suite au mariage, dans le cas de la patrilocalité, c’est l’inverse, les hommes restent et ce sont les femmes qui bougent. C’est le cas par exemple de la France il y a 2 ou 3 générations, l’épouse partait vivre dans le village du mari. Le chromosome Y ne bouge pas, alors que l’ADN mitochondrial migre d’une population à l’autre ! Dans les sociétés matrilocales, c’est l’inverse, le mouvement des hommes vers les

villages de leur femmes, entraîne une moins grande différence entre les populations pour le chromosome Y. Les femmes restent dans leur village d’origine, l’ADN mitochondrial bouge moins et il est donc plus différent entre les populations.

Or plus de 60% des sociétés humaines sont patrilocales. Donc en général, dans notre espèce, ce sont les femmes qui ont bougé, de proche en proche, de village en village, emmenant leur ADN mitochondrial qui de ce fait se ressemble plus d’une population à l’autre.

A ce panorama général, s’ajoute quelques exceptions où le chromosome Y a voyagé et qui révèle des grandes migrations masculines. C’est par exemple le cas d’une forme de chromosome Y qui est porté actuellement par presque 10% des hommes de l’Asie du Nord et qui serait attribué à Genghis Khan et ses descendants masculins.

L’Odyssée des gènes – 7 milliards d’années d’histoire de l’humanité révélées par l’ADN écrit par Evelyne Heyer (Flammarion - 2020)

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