Avec Evelyne Heyer, biologiste, professeure en anthropologie génétique. Chronique en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle.

Des chercheurs Espagnol viennent de publier un article qui annonce que Néandertal pouvait parler comme nous.... 

Pas tout à fait Mathieu, ils annoncent que Néandertal pouvait produire des sons semblables aux nôtres en se basant sur ce qu’il entendait. On savait déjà que Néandertal pouvait produire des sons ressemblants aux sons des hommes modernes, mais uniquement les voyelles, or pour faire des mots plus complexes il faut aussi des consonnes ! Les chercheurs espagnols ont réalisé des CT-scan très précis de restes osseux très bien conservés de l’oreille moyenne et externe de 5 Néandertaliens datant de 130000 à 50000 ans. Ils ont pu alors déduire de ces structures anatomiques la gamme des fréquences qu’ils pouvaient bien entendre. Cette bande passante est très similaire à celle des sapiens, nous, et différentes d’hommes plus anciens, ceux de « la sima de los huesos » en Espagne. Ces restes humains de la Sima de Los Huesos datent de 430000 ans et sont des ancêtres des Néandertaliens. Ainsi la bande passante de Néandertal est plus large que celle de ses ancêtres et quasiment identique à la nôtre. Ces résultats viennent d’être publiés dans la revue Nature Ecology and Evolution. 

Qu’est-ce que cela change à son audition ? 

A partir de la largeur de la bande passante, les auteurs affirment qu’il percevait les consonnes. C’est une des spécificités des sons humains, la plupart des mammifères ne forment que des voyelles. Notamment il entendait dans des gammes de sons où l’on entend les fricatives comme « f », « s » ou les occlusives « t » « k » « p ». Ces consonnes sont retrouvées dans 90% des langues du monde. Elles ne se propagent pas beaucoup et sont donc utiles pour la communication rapprochée. Partant de cette idée, on imagine vite que s’il percevait les consonnes c’est certainement car il pouvait en produire. Donc, partant de l’audition, on en déduit les sons qu’il pouvait prononcer : des consonnes ! Et donc, consonnes ajoutées aux voyelles cela fait des mots ! On avance ici par une voix détournée sur ce que l’on nomme la capacité phonatoire. Mais produire des beaux sons ou des sons complexes, n’est pas suffisant. Les oiseaux sont bien meilleurs que nous ! 

Alors il parlait ? 

Ce qui fait l’originalité du langage humain, c’est que l’on combine plusieurs phonèmes ou syllabes pour faire des mots puis on combine des mots pour faire des phrases ou des nouveaux mots. C’est vraiment unique aux humains. Les  chimpanzés à qui l’on a appris à utiliser des milliers de mots ne les combinent pas. Pour faire ces combinaisons, c’est plutôt les capacités cognitives qui entrent en jeux. Comme le note les auteurs, leur étude indique juste la capacité d’entendre et donc raisonnablement de produire certains sons. Ce n’est pas suffisant, mais nécessaire. Il ne suffit pas d’avoir une flûte, encore faut-il avoir les capacités cognitives pour jouer un morceau. Ces capacités cognitives sont plutôt à aller chercher du côté de l’archéologie. Néandertal enterrait ses morts, il avait des ornements en coquillage, avait des techniques élaborées de chasse. Produisait des outils, utilisait le feu.. Ainsi la conjonction de ces capacités phonatoires avec cette intelligence permet raisonnablement d’en déduire qu’il parlait un langage. Lequel cela reste encore à imaginer… 

Références : Neanderthals and Homo sapiens had similar auditory and speech capacities. Mercedes Conde-Valverde et al, Nature Ecology and Evolution. 01 Mars 2021

Les références