On a beaucoup parlé de la ré-autorisation des néonicotinoïdes sur les betteraves… Mais un événement, beaucoup plus discret, s’est passé cet automne. Peut-être avez-vous déjà entendu parler du varroa, un acarien, un parasite de l’abeille...

Les abeilles
Les abeilles © Getty

Les abeilles privées de médicament ? Avez-vous déjà entendu parler du varroa?  C’est un acarien, un parasite de l’abeille. Il l’affaiblit, et peut même provoquer l’effondrement de la colonie. Il est l’un des principaux ennemis des apiculteurs. 

L’une de leurs armes les plus efficaces contre le varroa est un produit simple et pas cher, que l’on trouve facilement en pharmacie : l’acide oxalique. Il est essentiel en apiculture biologique, et aussi largement utilisé en apiculture conventionnelle. Sauf qu’il est en fait interdit aux apiculteurs ! Il n’a pas d’autorisation officielle pour être utilisé comme médicament vétérinaire. Il n’a pas ce que l’on appelle l’AMM, l’autorisation de mise sur le marché.  Le ministère de l’Agriculture l’a rudement rappelé aux représentants de la filière, lors d’une réunion cet automne. Il a précisé que les apiculteurs qui persistent à l’utiliser risquent de voir leurs abeilles éliminées et leur miel détruit.  C’est la fin d’une tolérance qui existait jusqu’ici. 

Les apiculteurs se retrouvent-ils donc sans solution face au varroa ?  Pas tout à fait. Le ministère a beau jeu de rappeler que 14 médicaments contre le varroa ont, eux, bien l’AMM. L’un d’eux contient d’ailleurs de l’acide oxalique. Donc en théorie les apiculteurs ont le choix entre plusieurs solutions, légales.  Mais pour eux, ces alternatives ne sont pas satisfaisantes. Tout d’abord, le varroa commence à présenter des résistances contre la majorité des molécules autorisées. C’est pour cela que les apiculteurs se tournent vers l’acide oxalique.  Quant au médicament qui justement, en contient, les apiculteurs lui trouvent deux défauts : il est dix fois plus cher que le produit pur, et un de ses composants fait qu’il ne peut pas être utilisé l’hiver.  Pour eux, ce rappel à l’ordre du ministère reste donc une catastrophe.  

Et ce d’autant plus que ce n’est pas le seul qu’ils ont reçu lors de cette réunion...  Dans le même ordre d’idée, le ministère de l’Agriculture a aussi rappelé les conditions dans lesquelles on peut faire des tests de médicaments ou de traitements pour les abeilles.  Si on teste des produits qui n’ont pas encore d’autorisation de mise sur le marché, il faut utiliser ce que l’on appelle un rucher expérimental, des ruches dont on ne consomme pas le miel.  La petite filière apicole française n’a pas les moyens de cela. Jusqu’ici, elle a eu une façon très  participative de développer des solutions, via un réseau de petites associations locales. Elles travaillent directement avec des apiculteurs professionnels, qui eux ne peuvent pas jeter leur miel. Ils en ont besoin pour vivre !  Et même si elles arrivaient à avoir des ruchers expérimentaux, ces associations n’auraient de toutes façons pas le droit de partager leurs résultats avec les apiculteurs. Tout les décourage de mener des tests indépendants, ce réseau d’innovation de terrain est en danger. 

Derrière ce rappel à l’ordre, les apiculteurs soupçonnent donc l’industrie du médicament vétérinaire…  Pour eux, elle cherche à prendre pied sur un nouveau marché. Ce serait une manière de les rendre dépendants de cette innovation privée, marchandisée, et cela menace leur capacité à trouver eux-mêmes les solutions pour prendre soin de leur abeilles.  Pour préserver leur autonomie, ils espèrent donc un compromis. Des discussions sont bientôt prévues avec le ministère de l’Agriculture. 

avec Marie Astier en partenariat avec le Reporterre.net, le quotidien de l'écologie

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