On a beaucoup entendu parler de l’Homme de Néandertal, que notre espèce a rencontré lors de la sortie d’Afrique il y a 70000 ans. Mais nous avons un autre cousin lui aussi disparu. L’Homme de Denisova.

Il a été trouvé dans la grotte de Denisova, d’où son nom, dans l’Altai, au sud de la Sibérie. C’est au croisement des frontières russe, Kazak, chinoise et Mongole. La première découverte de ce cousin, est faite à partir d’un bout de phalange. Dans cette phalange, un peu d’ADN, certes bien abimé, mais suffisamment pour en connaître un peu plus sur lui. C’est un cousin proche de Néandertal. Et comme pour Néandertal, nous nous sommes croisés avec lui.

Alors, comme pour Néandertal, tous les humains hors d’Afrique ont du Denisova en eux ?

Non, notre espèce se mélange avec Néandertal au Moyen Orient au moment de la sortie d’Afrique, et donc tous les humains lorsqu’ils partent en Eurasie, Océanie, Amérique emmènent un peu de génome Néandertalien. Environ 2%. Mais Denisova, notre espèce ne la croise que plus à l’Est en Asie, sur le chemin de l’Australie et de la Papouaisie. Donc ce sont surtout les populations de Papouaisie et les aborigènes d’Australie qui ont reçu du génome de Denisova, jusqu’à 6%, et un peu les populations d’Asie du sud. Alors qu’on n’en trouve quasiment pas dans les populations européennes.

Mais Denisova a été trouvé en Sibérie, c’est quand même loin de l’Asie du Sud ou de la Papouaisie !

C’est bien une des interrogations. Sans compter une autre énigme. On retrouve un bout de génome de Denisova dans les populations tibétaines et pas n’importe quel bout ! Celui-ci contient un gène d’adaptation à l’altitude. Comme vous le savez les tibétains vivent à des altitudes élevées et y sont particulièrement bien adaptés. En analysant le génome de Denisova, on sait que ce gène vient de Denisova ! Encore un croisement bénéfique pour Sapiens.

Mais c’est quand même à 2800km de la grotte de Denisova en Altai !

Deux articles viennent de sortir dans Science cette semaine qui éclaircissent un peu le mystère de cet homme de Denisova. Des chercheurs d’une équipe du Max Planck en Allemagne et en Mongolie viennent d’analyser l’ADN d’un très ancien Sapiens nommé Salkhit qui date de 34000 ans au nord-est de la Mongolie. Et dans ce génome, des bouts de Denisova, signature d’un mélange qui daterait d’au moins 40000 ans ! Donc il était là bien à l’Est il y a plus de 40000 ans. Une autre étude par une équipe Sino-germano-américaine a analysé l’ADN que l’on peut trouver dans des sédiments de la grotte de Baishiya Karst au Tibet. Ils ont trouvé des preuves génétiques de la présence de Denisova de 100000 ans, 65000 ans, et peut être 40000 ans. Ce qui complète une étude plus ancienne qui avait trouvé une mâchoire de 160000 ans attribuée à Denisova grâce à des analyses de protéines. Donc, Denisova est resté longtemps au Tibet où il a eu le temps de s’adapter à l’altitude avant de rencontrer sapiens qui par croisement a récupéré ce gène !

Et pour la Papouaisie !

En fait c’est l’autre trouvaille. Il y aurait eu au moins deux groupes Denisoviens bien différents. Un qui a contribué à l’Asie continentale et l’autre qui a contribué aux humains qui sont partis vers la Papouaisie et l’Australie. Mais celui-là, pour l’instant on n’en a pas de trace archéologique !

En tout cas Denisova, cet autre cousin disparu vivait sur une très grande étendue en Asie.

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