Les oreilles dans les étoiles avec Jérome Sueur du MNHN qui propose d'écouter le chant des étoiles dans sa rubrique le Son de la Terre ou de l'espace...

Le son de la Terre
Le son de la Terre © Getty / Bernt Ove Moss / EyeEm

Le son de l'espace  dans la Chronique le Son de la Terre de Jérome Sueur du MNHN

Aujourd'hui, nous allons  loin, loin, loin, à des millions de kilomètres de notre petite Terre toute polluée.  Le son est une onde mécanique qui voyage à travers un support : un gaz, un liquide, un solide. Dans l'espace interstellaire, rien de tout cela : du vide, l'impossibilité d'un son. Sans atmosphère, pas de Brahms, pas de Brassens.

Et oui c’est certain, mais alors où est le son ?

Les astrophysiciens sont rusés, ils se transforment parfois en acousticiens. Ils ont un truc, qui n'est pas un grand microphone installé au sommet d'une montagne inhabitée d'Amérique du Sud, mais une simple petite opération mathématique qui permet de transformer des chiffres en ondes sonores. Ce truc, la sonification, n'est pas réservé aux astrophysiciens. Nous en faisons l'expérience au quotidien avec le radar sonore de nos voitures : l'espacement temporel entre les bips résulte de la simple conversion de la distance entre votre parechoc et un problème d'assurance.

D’accord, mais est-ce que vous auriez un autre exemple un peu plus scientifique ? 

Pour vous démontrer à quel point il est simple d’entendre chiffre, j'ai sonifié pour vous les trente premières décimales du nombre pi, vous savez 3,14159 etc. S'il y avait eu une quelconque régularité ou périodicité dans ces décimales de pi l'oreille l'aurait perçu rapidement comme une forme de mélodie. Notre sens auditif peut donc être utile à la science. La sonification est une conversion intéressante des données car elle permet aussi d'avoir accès à des outils d'analyse sonores comme la décomposition spectrale, c'est-à-dire d'identification des fréquences qui composent le signal. 

Depuis 1995, le satellite SoHO (Solar and Heliospheric Observatory) tourne comme une planète autour du soleil au point de Lagrange, c'est-à-dire là où les forces gravitationnelles du soleil et de la Terre sont équivalentes. Ce satellite permet de mesurer de subtiles mouvements à la périphérie du soleil. Ces mesures sont basées sur une analyse de la lumière mais les données sont sonifiées et ensuite traitées en acoustique pour mieux connaître la dynamique interne de notre étoile. On peut écouter  le soleil grâce à Alexander G. Kosovichev de l'Université de Stanford :

Est-ce que l’on pourrait alors écouter d’autres étoiles ?

En effet, après avoir sonifié le soleil, les astrophysiciens se sont amusés, car les astrophysiciens sont de grands enfants, à sonifier d'autres étoiles grâce aux satellites CoRoT (Convection Rotation and Planetary Transits) et Kepler, Johannes Kepler qui voyait d'ailleurs dans l'organisation des planètes une harmonie musicale. Chaque étoile possède une signature sonore, comme un oiseau nocturne. Grâce à ces sons, les scientifiques peuvent estimer leur taille, leur brillance, leur stade d'évolution et leur vitesse de rotation. Plus intéressant, l'acoustique pourrait aider à la découverte d'exoplanètes dont le passage devant leur étoile en changerait la signature sonore.

Il y a aussi  la sonification par la NASA d'une image prise par le télescope spatial Hubble dans laquelle on peut entendre non pas une seule étoile mais un amas d’étoiles et de galaxies  Fermez les yeux, ouvrez les oreilles, écoutons la nuit, ce sera bien.

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Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque avec pour cette chronique des sons de la NASA.

Le site de la sonothèque du MNHN

Le son du soleil sur le site de la Nasa