C'est l'heure du son de la Terre avec Jérôme Sueur. Aujourd'hui on écoute les sons des arbres...

Forêt des Nouragues, Guyane
Forêt des Nouragues, Guyane © Radio France / Jérôme Sueur

Si ce n’est pas une chaise ou une porte qui grince, cela doit être un arbre, non ? 

Oui, Mathieu, il s’agit d’un Guadua angustifolia enregistré sur les hauteurs de Bogotá en Colombie. 

Un arbre peut donc faire du son mais est-ce que le son a une fonction dans la vie végétale ?

On sait que les plantes sont sensibles à des stimuli mécaniques et qu'elles peuvent donc réagir physiologiquement à des sons ou des vibrations. Les racines de certaines plantes, par exemple, montrent une croissance plus rapide sous l'effet de sons et - nous l’avions évoqué il y a quelques mois - les pétales de l’Onagre de Drummond perçoivent les sons des abeilles. 

Cependant, on ne connaît pas de production sonore végétale intentionnelle, c’est-à-dire une émission sonore qui porterait un message à d'autres plantes ou êtres vivants.

Les craquements de ces arbres me font penser à cette question en forme d'exercice de pensée : « Si un arbre chute dans une forêt sans que personne ne l'entende, fait-il un son ? »

Pour un bioacousticien comme moi, qui réfléchit certainement moins qu'un philosophe, la réponse est concise : oui.

Le son existe même s'il n'est pas perçu. La réception d'un son ne justifie pas son existence.

Ecoutons justement une branche qui chute dans la forêt Guyanaise...

et, plus impressionnant, le dernier soupir d'un arbre, qui debout et droit sur ses contreforts pendant des années, s'écroule au sol en quelques secondes...

Est-ce que la chute d'un arbre est un problème pour la forêt tropicale ?

Un arbre qui tombe en forêt tropicale est un moteur essentiel de la dynamique végétale. La chute de l'arbre provoque une ouverture dans la forêt, c'est un chablis.

Le trou dans la canopée est une porte d'entrée et de sortie pour les animaux disperseurs de graines, notamment les chauve-souris et les oiseaux et un passage pour le soleil dont la lumière favorise la germination des plantes pionnières. De nouveaux arbres émergent. La forêt se renouvelle.

Est-ce que l’on observe un changement dans cette dynamique ?

Selon l'analyse de Pierre-Michel Forget du Muséum, le dérèglement climatique pourrait avoir un impact direct sur les chutes d'arbres en forêt guyanaise.

La saison sèche plus prononcée fragilise l'enracinement des arbres, et lors de la transition vers la saison des pluies, les vents plus intenses qu'auparavant, puis les pluies plus fortes, augmenteraient le nombre de chutes d'arbres.

Les trouées plus grandes favoriseraient alors les plantes à petites graines dispersées par les chauves-souris et les petits oiseaux comme le manakin à front blanc (Lepidothrix serena) ... 

L'architecture et les paysages sonores de la forêt pourraient être ainsi affectés par l'augmentation des chablis conduisant à une possible savanisation de la forêt.

Forêt ! c’est dans votre ombre et dans votre mystère,

C’est sous votre branchage auguste et solitaire,

Que je veux abriter mon sépulcre ignoré,

Et que je veux dormir quand je m’endormirai.

Victor Hugo.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque avec pour cette chronique des enregistrements de Juan Ulloa, Fernand Deroussen et Marc Namblard.

Forêt de Kaw, Guyane
Forêt de Kaw, Guyane © Radio France / Jérôme Sueur
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