Néandertal fait la Une des médias : parmi les facteurs génétiques qui expliqueraient des formes graves de la Covid-19, un de ces petits bouts d’ADN provenant de Néandertal : un variant génétique qui aggrave la maladie est donc un héritage de notre cousin. Retrouvez la chronique de Evelyne Heyer tous les jeudis.

L’homme de Néandertal, exposition sur l’évolution humaine au Natural History Museum de Londres, 2018
L’homme de Néandertal, exposition sur l’évolution humaine au Natural History Museum de Londres, 2018 © Getty / Mike Kemp / Contributeur

Nouveau rendez-vous tous les jeudis avec Evelyne Heyer, biologiste et professeure en anthropologie génétique. Chaque semaine, elle viendra nous parler de tout ce qui concerne notre histoire humaine. Et pour commencer, Néandertal fait l’actualité.

Replaçons le contexte : notre espèce a émergé en Afrique il y a environ 300 000 ans. Depuis une dizaine d’années, on sait que lors de la sortie d’Afrique de notre espèce, autour de 70 000 ans, nous avons rencontré Néandertal, lui-même descendant d’une sortie d’Afrique plus ancienne. Et l’ADN a montré sans faille qu’il y a eu croisement, métissage tant est si bien que les humains dont les ancêtres sont hors d’Afrique, en Europe, en Asie, en Océanie ont tous reçu environ 2% de leur génome de Néandertal. 

Alors ce n’est pas surprenant ce bout de Néandertal associé à la covid ? 

Mais si, car normalement ce sont uniquement des gènes avantageux qui ont été retenus dans notre génome. Lors des croisements entre deux espèces ou sous-espèces, en général, les descendants sont moins bons génétiquement, le mélange de deux génomes un peu trop différents ne marche pas trop bien, sauf si certains des gènes transmis sont avantageux et compensent le désavantage du mélange. C’est ce qui a été démontré pour des gènes reçus de Néandertal. Certains diminuent les fausse-couches, d’autres nous auraient protégés de pathogènes, encore d’autres seraient impliqués dans la fabrication de la peau. On ne connaît pas toutes les fonctions de ces gènes transmis mais, pour ceux connus, ils semblent avantageux.  

Donc, jusque-là, on pouvait plutôt être contents de notre héritage néandertalien. Néandertal était passé de la brute épaisse à un cousin fort sympathique, à tel point que les mouvements racistes de l’extrême-droite américaine revendiquent cet héritage néandertalien qui serait pour eux au cœur d’une supériorité de, entre guillemets, la race blanche. En oubliant certainement que les aborigènes d’Australie ont eux-aussi du Néandertal dans leur génome. Mais là, patatras ! Néandertal nous aurait transmis une fragilité à la covid-19.  

Comment l’expliquer ? 

En fait, dans l’évolution, il n’est pas rare qu’un gène, avantageux à un moment donné, le devienne moins dans un autre environnement. Peut-être que ce bout d’ADN nous a aidé dans le passé à traverser d’autres épidémies. Pour preuve, il atteint une fréquence de 60% au Bengladesh, contre 8% en Europe. Au Bengladesh, on voit des signes de sélection naturelle positive : des traces que ce bout d’ADN était avantageux dans le passé. 

Face à quel pathogène ? Impossible de de dire pour l’instant..  

Les africains seraient protégés de ne pas avoir reçu de bout d’ADN de notre cousin ? 

Ce qui expliquerait la plus faible mortalité ? 

Il faut bien rappeler que tous les facteurs génétiques confondus n’expliquent que 15% des formes graves de covid, les facteurs de risque les plus important sont l’âge, plus on est âgé plus les formes sont graves, et le sexe, les hommes sont plus à risque que les femmes. Ainsi que les co-morbidités : l’obésité, le diabète. La plus faible mortalité africaine s’explique surtout par une population plus jeune. 

Alors n’en voulons pas trop à Néandertal et portons un masque, le meilleur moyen de ne pas tester nos gènes reste bien d’éviter d’attraper la covid. 

▶︎ Chronique en partenariat avec le Muséum national d’histoire naturelle

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