Le rendez-vous des acteurs et des solutions pour l’économie durable s'est tenu au Salon Pro Durable Porte Maillot

La salon
La salon © Pro Durable

Laurie-Anne Cholez  du quotidien de l'écologie Reporterre.net était au salon Pro Durable. 

Elle a déambulé au travers une multitude de stands hétéroclites, allant des gadgets made in France à offrir aux employés modèles qui vont bien recycler leurs gobelets en plastique en passant par des escape game estampillés « développement durable » pour renforcer la cohésion d’équipe. Sans oublier pléthore de solutions pour recycler ses papiers, composter son marc de café et ses trognons de pomme.  Sur les panneaux des différents stands, toutes les startup et divers cabinets de conseils savent bien manier la novlangue managériale autour de la « transition ». C’est le nouveau mot qui a remplacé le désormais galvaudé « développement durable ». On pouvait  voir des promesses assez grandiloquentes. Celle «  d’accélérer l’engagement vers la transition » ou encore « de transformer les enjeux sociétaux en levier de performance. » Elle a  essayé de savoir si ces formules un peu creuses n’étaient que des vieux pieux flirtant avec le greenwashing ou une réelle volonté d’évolution des entreprises. 

Est-ce le salon de la bonne conscience ? Ou l’avant garde de la mutation écologique des entreprises ?  C’est un peu entre les deux ... Beaucoup d’acteurs se contentent de petites victoires face à une inertie générale et tentent leur mal en patience.  Il y a par exemple le cas des start-up qui proposent des solutions de reforestation. Et elles sont légion,  au moins 5 dans les allées du salon. Leur objectif est de planter des arbres pour compenser les émissions carbones des industries polluantes. Et pour planter tous ces arbres, il faut de l’argent. Des fonds qui proviennent justement de ces grandes entreprises. Elle a discuté avec Stéphane Hallaire, le président de Reforestaction, qui, comme son nom l’indique, plante des arbres pour restaurer la biodiversité. Il y a quelques années, Reforestaction refusait de travailler avec les secteurs les plus polluants, comme par exemple le transport aérien. Mais, face à l’ampleur de la tâche, il laisse désormais les porteurs de projet locaux choisir de se faire financer ou pas par des industries polluantes. Reste ensuite à maîtriser la communication. Car ce n’est pas parce qu’on replante des arbres d’un coté, qu’on peut se permettre de continuer de polluer à tout va de l’autre. En d’autre terme, la reforestation ne doit pas constituer un droit à polluer pour les entreprises qui doivent avant tout baisser fortement leurs émissions carbone avant de les compenser. 

Parmi les exposants, il y en a un qui vous l'a  particulièrement étonné : il s’agit de Philip Morris. Qu’est ce qu’un cigarettier vient faire dans un salon dédié à la transition écologique ?   Une telle présence peut surprendre. Le stand de Philip Morris était d’ailleurs assez clinquant par rapport aux autres, avec de vastes panneaux lumineux qui faisait la promotion de son engagement écologique à grands renforts de chiffres et graphiques et de promesse de neutralité carbone à horizon 2050. Si Philip Morris est venu sur le salon, c’est surtout pour parler d’un nouveau dispositif électronique de tabac à chauffer qui diffuse de la nicotine sans combustion et donc sans émanations toxiques. Une innovation dans laquelle il a investi pas moins de 7 milliards d’euros et grâce à laquelle il espère remplacer les cigarettes d’ici 10 à 15 ans. Reste à savoir si cela empêchera les fumeurs de développer un cancer ? Hélas, la responsable communication n’a pas été en mesure de nous l’affirmer, étant donné qu’il faut des années pour que  ce genre de maladie se déclare. Alors, accueillir un cigarettier dans un salon dédié au durable, n’est-ce pas une façon d’adouber sa stratégie de communication ? Elle a  posé la question à la directrice de l’évènement Cécile Colonna d’Istria. Elle assure avoir beaucoup tergiversé et avoir mis 3 ans avant de les accepter. Son argument est simple : elle veut leur laisser une chance, car elle n’aime pas la stratégie de l’homme ou la marque à abattre. Et qu’il existe par ailleurs beaucoup d’autres industries tout aussi délétère pour la santé et l’environnement.   

Alors bien entendu, ce salon Pro Durable un événement  fait la part belle à la communication autour des sujets de transition écologique dans les entreprises. Mais personne n’est vraiment naïf. D’un coté, on connait très bien les freins au changement du monde économique. De l’autre, tout le monde est bien conscient de l’urgence face à l’effondrement de la biodiversité et l’accélération du réchauffement climatique. Pour finir cette chronique,  une formule très intéressante de Jean-Baptiste Marsaud, qui travaille dans la startup CiviTime, proposant des jeux en entreprises autour du développement durable. Jean-Baptiste Marsaud a très bien résumé le but de tout ces acteurs en une seule phrase : «  c’est que l’épine dans le pied du patron ne soit plus le cégétiste mais l’écologiste ». 

avec Laurie Anne Cholez cette chronique est à réécouter sur FranceInter.fr et à retouver sur Reporter.net

Programmation musicale
  • Catherine RingerLe ventLabel : VIRGIN2001
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