La chronique du mardi en partenariat avec Reporterre, le quotidien de l’écologie, nous emmène visiter les collections d’insectes du Muséum national d’histoire naturelle…

Dans la chronique en partenariat avec Reporterre, Émilie Massemin nous emmène visiter les collections d’insectes du Muséum national d’histoire naturelle…

Émilie Massemin  a pu découvrir quelques pièces de la réserve d’insectes du Muséum. C’est là que sont conservés entre autres les papillons et les diptères – ces mouches, moucherons et moustiques qui n’ont qu’une seule paire d’ailes. La richesse de ces collections donne le tournis : on y trouve trois à quatre millions de papillons du monde entier et plus de cinq millions de diptères ! C’est un vrai cabinet de curiosités avec des papillons aux ailes transparentes, des mouches qui se séduisent en s’offrant des cadeaux, et même le plus grand papillon du monde, « Thysania agrippina », qui fait trente centimètres d’envergure.
Ces collections sont très anciennes. Certains spécimens ont été capturés à la fin du 18e siècle ! Tout est fait pour protéger ce patrimoine. Par exemple, une quarantaine au congélateur à -40°C avant l’entreposage, pour éviter les attaques de parasites, et des boîtes hermétiques pour protéger les couleurs de la lumière. Un grand inventaire et une opération de numérisation sont aussi en cours pour rendre ces collections plus facilement utilisables par les chercheurs.

A quoi servent ces collections ? À plein de choses. Évidemment, elles permettent de mieux connaître la biodiversité. 160.000 espèces de papillons ont déjà été découvertes dans le monde. J’ai rencontré Jérôme Barbut, le spécialiste des papillons de nuit du Muséum, qui a décrit pour la première fois une centaine d’espèces de Noctuelles sur les 12.000 déjà identifiées dans cette famille. Et ce n’est pas fini : selon lui, il reste au minimum 700 à 800 nouvelles espèces de Noctuelles à découvrir ! Mais ces collections peuvent aussi avoir des utilisations plus inattendues. Par exemple, des physiciens sont venus examiner de très près les magnifiques irisations bleues des papillons Morpho. Ils voulaient essayer de les reproduire pour rendre les billets de banque infalsifiables…

Tous ces spécimens aident aussi à mieux comprendre les conséquences de la crise écologique en cours. Pour chaque espèce, plusieurs individus sont capturés et conservés, ce qui permet de garder en mémoire leur aire de répartition et leur saison de vol à une époque donnée. Christophe Daugeron, le spécialiste des diptères au Muséum, m’a raconté que les collections avaient déjà permis de repérer des évolutions dans les habitudes de vie des insectes volants à cause du changement climatique. Pour l’instant, ils arrivent à s’adapter, mais le chercheur ne sait pas combien de temps ils en seront capables.

J’imagine que dans ce contexte, ces collections sont de plus en plus importantes… Oui, surtout que les scientifiques craignent des extinctions à cause de la déforestation, de l’urbanisation, des pesticides et du dérèglement du climat. Ça a été un argument quand le Muséum a déboursé cent mille dollars pour acheter une collection de moucherons d’Amérique du Sud, qui avaient été recueillis dans des endroits très abîmés par les activités humaines. Les chercheurs continuent aussi à partir en mission en France et dans le monde entier pour faire des inventaires d’insectes et enrichir les collections. Les enjeux écologiques sont majeurs. Par exemple, au-delà de 1.500 mètres d’altitude, les diptères sont les principaux pollinisateurs devant les abeilles 

Avec Émilie Massemin en partenariat avec Reporterre , quotidien de l'écologie

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