Dans la « chronique du vivant » est organisée en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, Marc-André Selosse nous parle de bouses et de bousiers.

Marc-André Selosse dans sa « chronique du vivant » e en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle nous parle de bouses  et de bousiers.

La bouse peut enrichir le sol en matière organique et libérer, lorsqu’elle est attaquée par les microbes, de l’azote et du phosphore utiles au développement des plantes. Cependant, c’est une forteresse. Violemment talochée au sol par les bovins quand ils défèquent, elle est compacte et durcit en séchant. Peu accessible aux microbes, elle recouvre l’herbe et se mélange mal au sol…

Heureusement qu'il y a les bousiers. Ils roulent des fragments de bouses qu’ils poussent ensuite, souvent de nuit, vers un site d’enfouissement. Sur les boulettes enfouies, ces coléoptères pondent leurs œufs. Les larves qui éclosent se nourrissent des fibres végétales de la bouse, de microbes et de petits vers qui y ont proliféré, favorisés par l’humidité du sol. Certaines espèces surveillent même les petits. D’autres coléoptères, les géotrupes, plus paresseusement, enfouissent leurs boulettes dans des galeries situées juste sous la bouse. Finalement tous l’incorporent au sol et facilitent l’attaque microbienne. Leur action est majeure. En Australie, les kangourous font des petites crottes sèches : au XIXème siècle, l’introduction du bétail par les colons tourna au désastre, sous les flots de bouses que les insectes locaux ne parvenaient pas à attaquer. Un bovin produit deux tonnes de bouses par an, qui couvrent en moyenne 150 m2 ! Les 300 millions de bouses quotidiennes du cheptel australien, recouvrant 100 000 km2 chaque année, étaient dégradées en 5 ans seulement faute de bousiers pour permettre le travail microbien ! Les bouses empêchaient l’herbe de croître et repoussaient les vaches, qui évitent les lieux souillés. En plus, les bouses abritent les larves de mouches suçeuses de sang, dont les adultes attaquent le bétail : les bouses peu dégradées entrainèrent leur prolifération. Un vrai désastre agricole !

Comment s’en est-on sorti ? Par les bousiers ! On introduisit en Australie, à partir de 1967, de grands bousiers d’Afrique. Certains mesurent jusqu’à 6 centimètres : adaptés aux bouses d’éléphants, qui avec leurs six kilogrammes peuvent nourrir de très grosses larves, ils sont sur-efficaces. Le bousier africain Heliocopris gigas enfouit une demi-bouse bovine en une nuit ! L’Australie redevint plus verte, car la destruction des bouses fertilisa ses sols…

Affaire classée ? Eh non, affaire sensible, car les problèmes récidivèrent dans les années 1990, en Australie et d’autres pays, soudain confrontés à la malédiction des bouses qui ne se décomposent pas… à cause, cette fois, de la généralisation des vermifuges pour le bétail, comme l’ivermectine. Toxique pour les insectes, notamment les bousiers, leur utilisation est à présent réglementée. Les comprimés à délitement lent, qui supprimaient efficacement les vers parasites, mais entrainaient une concentration d’ivermectine élevée et durable dans les bouses, sont à présent interdits ; les animaux traités sont gardés à l’étable.

On a du mal à croire que les bousiers sont si importants… Les Égyptiens en avaient fait un symbole du cycle solaire : c’est leur fameux scarabée, dont ils pensait que, durant la nuit, il roulait le disque solaire sous la terre, comme les bousiers roulent leurs boulettes de bouses. Mais aujourd’hui, le cycle qu’ils symbolisent, c’est le recyclage dans le sol…

Et si les coléoptères vous intéressent, le numéro 39 de la revue Espèces, tout juste parue, consacre 50 belles pages aux coléoptères, dont les bousiers : bonne lecture !

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, à réécouter sur Franceinter.fr… et on lira ce numéro de la revue Espèces

Thèmes associés