En ce jour de grève des enseignants, Célia Izoard nous parle des écoles primaires où le port du masque est obligatoire depuis une semaine, en partenariat avec Reporterre, le quotidien de l'écologie

Dès 6 ans, les enfants portent désormais un masque en continu entre 8 et 10h par jour.  Mais combien d’adultes subissent une telle contrainte ? Et comment vont-ils ?

Le jour même de l’annonce de cette mesure, la revue scientifique Nature constate le très faible niveau de contaminations au Covid 19 dans les lieux d’accueil des moins de 12 ans. Même analyse dans Actu Toulouse pour Dr Claudet, directrice du Pôle Enfants du CHU de Toulouse, membre du groupe ‘Politique de santé globale de l’enfant’ pour le Haut Conseil de la Santé Publique, qui n’y est « pas favorable » : « Les enfants sont à la fois très peu porteurs et très peu transmetteurs, même dans les collèges et les lycées. Nous avons plus l’impression que cette mesure vise à rassurer les adultes ! »

Sauf que cette mesure n’a pas l’air de rassurer les parents... Beaucoup la vivent comme une entrave inacceptable pour les enfants, au-delà même de l’état de la science sur la contamination au Covid. Cette obligation a déclenché un tollé dont témoigne la presse régionale : rassemblements de parents lundi de la rentrée un peu partout en France ; boycott de l’école vendredi 6 novembre. Sur des banderoles, ce mot d’ordre : « Laissez-les enfants respirer ! » Comme en écho à cette petite fille, qui raconte à sa sortie de classe : « Maman, Louis se cache une dizaine de minutes dans une cabine aux toilettes, pour enlever son masque et respirer… On va faire pareil ! » Nous en sommes là.

A en croire les infirmières scolaires, l’état de santé des adolescents masqués toute la journée est préoccupant : malaises, maux de tête, dépressions. Marina, parent d’élève près de Dinan : « Mon fils de 11 ans aimait beaucoup le collège, maintenant il rentre à la maison avec des maux de tête carabinés. Je ne veux pas que ma fille de 6 ans vive la même chose. » Elle a exigé avec d’autres que les enfants puissent entrer sans masque. Réponse de l’Inspection académique : les élèves qui n’ont pas de masque seront « mis à l’isolement ».

Qu’en disent les instituteurs ?« L’apprentissage de la lecture et des sons est impraticable, explique Sophie, prof des écoles près d’Albi. Certains élèves enlèvent leurs lunettes à cause de la buée, donc ne voient plus le tableau. Je leur dis : ‘Ah non ! ce n’est pas les lunettes qu’il faut enlever ; c’est le masque’. » Cette institutrice est menacée d’un blâme par sa hiérarchie pour avoir critiqué cette mesure dans la presse. C’était cinq jours après la journée d’hommage à Samuel Paty pour la liberté d’expression à l’_É_cole.

Parents et avocats ont déposé des référé-liberté auprès du conseil d’État pour suspendre cette obligation. « Une mesure de police administrative est légale si elle est nécessaire, adéquate et proportionnée, argumente Elise Carpentier, professeure de droit public à l’Université d’Aix-Marseille. La nécessité est contestable puisque les enfants sont peu touchés et peu contagieux. L’adéquation aussi, puisqu’ils ne peuvent pas utiliser un masque correctement. Enfin, la mesure est disproportionnée car les enfants risquent d’en souffrir physiquement et psychologiquement. 

avec Célia Izoard en partenariat avec  la revue de l'écologie  Reporterre.net 

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