En tant qu’être humain, nous transmettons nos gènes comme tout organisme vivant sur terre. Mais nous avons une particularité extrêmement développée, nous transmettons aussi de la culture.

La culture, telle que la définit l’UNESCO est considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Cela englobe notamment les modes de vie, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.

Cette définition au sens large va bien au-delà de simplement la culture matérielle ou artistique. Et bien, certains de ces traits culturels peuvent avoir une importance dans l’évolution génétique de notre espèce et sa diversité.

Comment cela se passe-t-il ?

Aujourd’hui, je vais parler d’un de ces mécanismes. Par notre mode de vie, nous modifions notre environnement et en retour dans certains cas, nous nous sommes adaptés à ce nouvel environnement. C’est le cas en particulier de l’alimentation.

Le premier exemple concerne les populations inuit du grand Nord. Comme vous le savez certainement, elles ont une alimentation riche en mammifères marins et qui donc contient beaucoup de gras. En les étudiant génétiquement, on voit qu’il y a eu de la sélection pour une mutation du gène FADS1 qui facilite la digestion des gras de type oméga 3. Autrement dit, les individus qui grâce à cette mutation digéraient mieux cette nourriture grasse se sont mieux reproduits, ont mieux survécu et ont mieux transmis cette mutation particulière. Au fil des générations, cette mutation a augmenté en fréquence et est maintenant portée par tous les inuits !

Un autre exemple, toujours lié au gras est celui de populations indiennes qui ont une alimentation végétarienne depuis un grand nombre de générations. C’est là une mutation du gène FADS2 qui a été sélectionnée.

Plus près de chez nous, en Europe, dans les populations du Nord c’est une mutation qui permet aux adultes de digérer le lait, plus précisément le sucre contenu dans le lait, le lactose. Chez les mammifères, l’enzyme qui permet de digérer le lactose, la lactase, devient inopérante chez les adultes. Les veaux digèrent le lactose, mais pas les vaches ! Pourtant dans certaines populations

humaines, presque tous les adultes digèrent le sucre du lait. On connait maintenant les mutations génétiques responsables de cette digestion chez les adultes et qui ont été sélectionnées dans les populations de buveurs de lait.

Dans ces trois exemples, les choix d’une alimentation particulière, adoptés par choix culturel, ont entrainé la sélection de mutations qui ont permis aux populations de s’y adapter. Ce processus est lent, sur des centaines de générations. On voit donc bien qu’il faut que le choix culturel, ici le régime alimentaire se poursuive, soit transmis de générations en générations.

Et il y a d’autres exemples que l’alimentation ?

Ou tout à fait, d’ailleurs certains sont assez inattendus : les populations Bajau des philippines sont réputées pour avoir des plongeurs en apnée qui tiennent jusqu’à 10 minutes sous l’eau. Et bien, dans leur génome, on retrouve une mutation qui facilite ces plongées en apnée et qui a été aussi sélectionné au fil des générations !

Référence :

L’Odyssée des gènes – 7 milliards d’années d’histoire de l’humanité révélées par l’ADN écrit par Evelyne Heyer (Flammarion - 2020)

Les invités
  • Evelyne HeryMaître de conférences d'histoire contemporaine à l'université Rennes II
Les références