Chronique d'Evelyne Heyer, biologiste, professeure en anthropologie génétique, consacrée aujourd'hui au rôle des femme dans la préhistoire. En partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle.

En cette semaine de la journée internationale des droits des femmes, que sait-on sur la place de la femme dans la préhistoire ?

Plusieurs auteurs ou plutôt autrices ont travaillé sur la représentation de la femme préhistorique. Je pense ici à Claudine Cohen et Marylène Patou-Mathis. Elles ont montré clairement comment la place accordée aux femmes préhistoriques a été conditionnée par la société patriarcale du XIX et XXéme siècle. Les préhistoriens, tous hommes, vivant avec leur temps ont fait de la femme préhistorique une faible créature gardant les enfants autour du feu dans la grotte alors que le mâle puissant, héroïque partait chasser le mammouth et revenait auréolé de gloire partager son butin. Mais il y a eu plusieurs découvertes qui permettent de réfléchir ces stéréotypes de genre. Tout d’abord dans certaines des grottes où ce sont des mains qui sont représentées en peinture inversée, on peut mesurer la taille des mains. On trouve des empreintes de mains de plus petites tailles. Ainsi on ne peut exclure que des femmes auraient aussi été peindre dans ces grottes ! 

Il y aurait d’autres exemples où l’on a revu le rôle des femmes ?

Oui, encore plus récemment avec l’ADN, il a été possible de sexer, c’est-à-dire identifier le sexe de squelettes dans des tombes lorsque les os du bassin ne sont pas bien préservés. Là encore, quelques résultats qui ont fait grand bruit ont montré, qu’un prince guerrier Viking était une femme. Elle était costaud et maniait certainement les armes. Autre endroit du monde, autre époque, en début d’année des chercheurs ont montré que des chasseurs il y a 8000 ans, dans les Amériques étaient des femmes. Ils ont estimé que 30 à 40% des soit disant chasseur aurait été des femmes. 

D’autres nouveautés ?

Oui, nous avons une nouvelle fenêtre sur la vie des femmes du passée par l’analyse de villages anciens. Grâce à ces données sur un même site de plusieurs individus, les études d’ADN ancien conjuguées à celles des isotopes s’attèlent à reconstruire les structures sociales passées. Quand a commencé l’exogamie des femmes, le fait que les femmes partent vivre dans le village de leur époux ? Les résultats de l’ADN montrent que cette patrilocalité a commencé au Néolithique et s’est intensifiée à l’âge du Bronze il y a 5000 ans. Un des plus beaux sites analysés est dans la vallée de Lech au sud de l’Allemagne. Les hommes des tombes riches sont nés sur place, sont apparentés entre eux par la voix paternelle alors que les femmes viennent de l’extérieur. 

Serait-ce le début d’une inégalité de genre ? 

Il n’en semble rien, les femmes bien que venant de l’extérieure sont dans des tombes aussi riches que celles de ces hommes. Sous l’hypothèse que la richesse d’une tombe reflète le statut d’une personne, la patrilocalité ne serait pas associée à une inégalité de genre. D’ailleurs, en symétrique, les études des populations actuelles matrilocales où ce sont les femmes qui restent et les hommes qui bougent, montrent bien que cela ne signifie en aucun cas un statut plus élevé des femmes. Bref, s’il est bien établi qu’il existait des comportements genrés, le lien avec les inégalités de genre n’est pas aussi évident qu’il y parait!  

Les références