Dans la « chronique du vivant » on vous présente les diatomées, algues unicellulaires qui flottent dans les eaux et colorent les huîtres

Nous avons découvert la semaine passée les diatomées, ces algues unicellulaires qui flottent dans les eaux et colorent les huîtres ! 

Qu'est ce que les diatomées ? Elles sont souvent brun-jaunes, à cause des chlorophylles et des carotènes qui captent la lumière pour leur photosynthèse. Vous connaissez leur couleur : c’est celle du fond des bassins, des ruisseaux, ou des flaques d’eau où elle se déposent. Avec l’habitude, on repère facilement leur couleur bronze à dorée.  Leur particularité est d’avoir une paroi minérale, faite de silice et qui a la forme d’une boîte de camembert. Deux valves emboîtées protègent la cellule contre les prédateurs et les chocs. Cette capsule translucide, faite de silice pompée dans l’eau, laisse passer la lumière pour la photosynthèse. Elle est ponctuée de minuscules trous permettant les échanges avec le milieu. La diatomée vit dans un écrin de silice !

Que devient cette capsule quand la cellule meurt ? Elle tombe au fond des eaux froides et riches en minéraux où vivent les diatomées. Par exemple, l’Atlantique nord ou les lacs d’Auvergne, où les roches volcaniques libèrent beaucoup de silice. Les restes accumulés forment une roche siliceuse, la diatomite, dont chaque cm3 contient les restes de trois millions d’algues !  Cette roche est pleine de trous, emplacement des cellules mortes et petits trous par lesquels la cellule communiquait avec l’extérieur. La diatomite est donc légère et fut utilisée pour les architectures audacieuses, comme le dôme de la cathédrale Sainte-Sophie à Istanbul. Ses pores permettent aussi de stocker des substances. C’est à cela qu’on doit … le prix Nobel ! 

Comment cela ? Le transport du TNT, ou nitroglycérine, est problématique car les chocs le font exploser. En l’imbibant dans de la diatomite, on le stabilise : un bâton de dynamite d’autrefois, c’était trois quarts de TNT et un quart de diatomite. Le suédois Alfred Nobel, qui découvrit cela, fit fortune et put ainsi créer son fameux prix ! La porosité de la diatomite permet aussi d’en faire des filtres, par exemple pour les piscines ou pour l’agro-alimentaire. Les jus de fruits, vins et bières que vous avez bus ont tous été filtrés sur diatomite !

C’est pour ça que vous nous aviez dit la semaine dernière qu’on en a plein la bouche ? Non, car la diatomite reste dans le filtre. Ma blague est liée à une autre utilisation : réduite en poudre, elle libère des fragments durs, minuscules et anguleux qui sont abrasifs. Cette poudre est d’ailleurs irritante pour les poumons, et sert dans certains insecticides : les fragments sont des mini-poignards pour les cellules de nos poumons ou celles des insectes. L’industrie utilise cette poudre comme abrasif, jusque… dans les dentifrices : voilà pourquoi vous en avez plein la bouche tous les soirs ! Mâchonnez votre dentifrice et vous sentirez qu’il crisse souvent sous la dent ! La poudre de diatomite gratte la plaque dentaire lors du brossage.

Filtre, abrasif, mais aussi matériau pour empeser les peintures, les papiers à cigarettes ou encore des vernis… Les squelettes de diatomées peuplent nos vies, encore des microbes qui sont partout ! D’ailleurs, la France est le deuxième producteur mondial de diatomite, grâce aux gisements d’Auvergne !

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle et c’est à réécouter sur Franceinter.fr.

Une référence à recommander :   ‘Roches à tout faire’, où Patrick De Wever et Annie Cornée décrivent les utilisations des roches, chez EDP Sciences !N

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