Les grands singes sont à l'honneur dans le Son de la terre de Jérome Sueur du MNHN.

Gorille "Dos argenté"
Gorille "Dos argenté" © Getty

Toutes les espèces animales ne sont pas égales dans nos préférences : il nous est plus naturel d'aimer un panda ou un koala qu'un moustique ou une huître. Comme l'a démontré Aurélien Miralles du Muséum, notre empathie pour les animaux augmente avec notre proximité évolutive. Plus nous sommes affiliés, plus nous les apprécions. Nous montrons donc un affect très fort pour nos plus proches parents que sont les chimpanzés, les bonobos et les gorilles. Sabrina Krief du Muséum parle d'ailleurs de ses frères de la forêt à propos des chimpanzés d'Ouganda, mais elle ne nous parle pas de ses sœurs les vipères du Gabon. Aujourd'hui on se focalise sur  deux espèces sœurs, deux espèces miroirs dans lesquelles nous voyons notre propre reflet : les bonobos et les gorilles.

Par quelle espèce commence-t-on ? : Par les bonobos (Pan paniscus). Organisés en communautés où tous vivent ensemble pendant des années, les bonobos forment des sociétés pacifiques les unes envers les autres où les conflits se règlent par des comportements socio-sexuels. 

Les interactions passent en partie par des vocalisations dont les variations forment un continuum acoustique depuis des "peep" discrets et apaisés à des "high-hoot" toniques et intenses. 

Comme dans ce choeur de cris enregistré dans la forêt de Manzano en République Democratique du Congo par Clément Cornec, scientifique, preneur de sons et photographe. 

Florence Levrero et Sumir Keenan de l'Université de Saint-Etienne ont démontré que tous les cris contiennent une signature individuelle, c'est-à-dire que les singes peuvent reconnaître leurs compères uniquement par la voix, et ceci même après cinq ans de séparation. Cependant, la force de cette signature change selon le contexte : ainsi, il sera plus facile pour un bonobo d’identifier un congénère quand il est énervé ou très excité que lorsqu’il émet des petits cris amicaux, probablement car les signaux intenses assurent une communication à longue distance quand le contact visuel n'est plus possible.

Et que se passe-t-il chez les gorilles ? Les gorilles (Gorilla gorilla) émettent également des vocalisations propres à chaque individu, certaines étant très intimidantes comme les aboiements de menace qui sont proférés à l'arrivée d'un intrus. comme dans l' exemple enregistré par Catherine Bouchain dans le Parc national de la Lopé au Gabon. Ces êtres majestueux se singularisent par la production de percussions corporelles. 

Les gorilles tambourinent leur poitrine dans une gestuelle stéréotypée produisant un son résonnant qui traverse la forêt. 

Très probablement en raison du monstre fantastique King Kong, nous imaginons que ce signal sonore non vocal est uniquement produit par des mâles forts mais sensibles.

Dans une publication récente, Roberta Salmi de l'University de Géorgie aux Etats-Unis montre qu'en effet les dos argentés, chefs de groupe dominants, émettent ces roulements de tambour dans un contexte de défense et d'agressivité envers d'autres mâles mais que les femelles tambourinent également à l'adresse d'autres femelles et que les jeunes s'entraînent beaucoup à ce geste sonore lors de séances de jeu.

Il nous reste énormément à apprendre des grands primates africains, alors fermons les yeux, ouvrons les oreilles et écoutons nos frères et sœurs des forêts, ce sera bien.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque avec pour cette chronique des sons de Clément Cornec et Catherine Bouchain.

https://www.eneslab.com/

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