On retrouve comme tous les jeudis Evelyne Heyer, biologiste, professeure en anthropologie génétique, pour sa chronique en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle

Aujourd’hui vous allez nous parler de ce que la génétique a amené sur la question de la disparition de Néandertal

Tout  à fait, Néandertal notre proche cousin disparait il y a environ 35000  ans. Pendant plusieurs centaines de millénaires il vivait en Eurasie de  l’Europe à la Mongolie.  Il enterrait ses morts comme le démontre récemment une nouvelle étude  sur une sépulture d’enfant à la Ferrassie. On sait qu’il avait une vie  symbolique riche avec par exemple des parures en coquillage. Il savait  s’habiller, maitrisait le feu, il est passé  à travers des glaciations et des réchauffements, bref un homme  intelligent, bien adapté à son environnement pourtant il disparaît. 

Récemment  de nouvelles techniques ont permis d’extraire son génome des restes  fossiles. Ce que l’on nomme la paléogénétique et cela nous a  amené de nouvelles informations. On note dans son génome, une diversité  génétique plus faible que celle de notre espèce, Sapiens : Il y a moins  de différences entre les génomes de deux néandertaliens qu’entre ceux  de deux Sapiens

Et  surtout on note une accumulation de mutations dites délétères. Des  mutations qui fragilisent l’individu ou sa descendance, et donc l’espèce  et qui la rendent moins  apte à s’adapter à de nouvelles conditions. Même si pour certains  gènes, on trouve des signes dans le génome de Néandertal d’une  adaptation à son environnement, globalement, l’espèce a moins de  ressources génétiques pour répondre aux changements de cet  environnement.

Comment expliquer cette accumulation de mutations ?

La  démographie : une population de petit effectif accumule par hasard plus  de mutations délétères. Or on peut reconstituer à partir des génomes la  démographie d’une  population ou d’une espèce. Le principe est de calculer pour chaque  portion du génome la date de son ancêtre commun. Si à un moment donné la  population est de plus petit effectif, on a plus d’ancêtres communs à  cette époque. Il est plus fréquent dans un petit  village que deux individus aient le même ancêtre que dans une grande  population. En combinant toutes ces dates d’ancêtres on peut identifier  des changements démographiques des populations dans le passée.

On  apprend ainsi que Néandertal était en décroissance démographique depuis  plusieurs dizaines de milliers d’années avant son extinction. 

Alors, avant l’arrivée de notre espèce sur son territoire ?

Oui,  en Europe, notre espèce, Sapiens, arrive, venue d’Afrique, il y a un  peu plus de 40000 ans, Néandertal disparaît il y a 35000 ans. Or la  décroissance des populations  néandertaliennes avait commencé bien avant. Il n’empêche que notre  arrivée a peut-être accéléré cette disparition, notamment en limitant  les échanges génétiques entre les groupes de néandertaliens. 

Il  était déjà sur le chemin de son extinction avant de rencontrer Sapiens.  Mais, si l’espèce s’est bien éteinte, son génome n’a pas complétement  disparu. Sapiens s’est  croisé avec Néandertal au Moyen Orient et en Europe en sortant  d’Afrique. Ainsi tous les humains actuels qui ont des ancêtres hors  d’Afrique ont récupéré environ 2% de génome venant de Néandertal. En  mettant bout à bout tous ces bouts de génome c’est presque  la moitié du génome de Néandertal que l’on retrouve éparpillé dans  l’ADN des humains actuels : bien que disparu, il reste un peu de lui en  nous !