Dans, Le son de la Terre, Jérôme Sueur vous fait entendre le vent. Tout un langage harmonieux, autant qu'un grand révélateur sonore relayant la parole des moindres rugissements des paysages, de l'environnement.

La tempête
La tempête © Getty

Quand le vent parle

La faute au vent, bien sûr. Le vent qui n’est en rien un son mais qui est pourtant si sonore comme nous l’entendons dans un enregistrement de Fernand Deroussen, réalisé un soir de septembre dans la Drôme. Le vent qui fait frémir une aile, pencher une fleur mais qui aussi soulève, décolle, rompt, arrache une forêt sur son passage. Le vent qui peut rendre ce qui est silence en un son terrifiant

Ces hurleurs ont une harmonie. Ils font tout le ciel sonore

- Victor Hugo, à propos des vents océaniques dans Les travailleurs de la mer

Le vent est en effet un révélateur sonore, un exhausteur des paysages, car le vent peut faire parler une feuille, chanter une mer ou siffler une roche. Le vent prend tout sur son passage et de n’importe quel objet, léger ou massif, vivant ou inerte, il en fait un instrument.

John Muir, pionnier nord-américain de l’écologie des paysages écrivait en 1878 : 

Les vents s'intéressent à chaque arbre en particulier, palpent chaque feuille, chaque branche, chaque tronc ridé - pas un n'est oublié (...) Les vents bénissent les forêts et les forêts bénissent les vents - avec pour résultat certain une harmonie et une beauté ineffables

C’est très probablement le cas dans cet enregistrement de Marc et Olivier Namblard où l’on entend la bise bénir les arbres des Cévennes : Comme il y a des centaines de forêts, il y a des centaines de vents, et des centaines de souffles sonores : des voix de bises, donc, mais aussi des voix d’autan, de mistrals, de zéphirs, de tramontanes, de siroccos. Et chaque vent a sa propre rose.

On sait aussi que le vent fatigue, énerve, agace

Oui, sans aucun doute, car il faut aussi le dire, le vent, comme la pluie, est un grand emmerdeur sonore. C’est l’ennemi du preneur de son, c’est l’ennemi de l’animal chanteur. Tous les sons du vent gênent, au loin comme au plus près des oreilles. En mer, le vent chahute tout, il crée des vagues qui, elles-même, génèrent des éclaboussures et des bulles d’air par cavitation. Le fond sonore qui en résulte gène les poissons qui grincent des dents et les baleines qui sifflent. Le vent masque les communications, il n’est pas le bienvenu dans les conversations sous-marines.

Et sur terre, alors ? 

Sur terre, le vent emmène les sons animaux là où ils ne doivent pas aller, il modifie les signaux, il leur ajoute des modulations d’amplitude qui ne veulent rien dire, il les jette loin de leurs cibles, loin des oreilles en attente. Le vent modifie les chants, il les tord, il les essore et casse les codes secrets qu’ils contiennent. Certains animaux, comme les éléphants, semblent d’ailleurs préférer les nuits calmes, apaisées, pour barrir.

Le vent, c’est aussi la vie que l’on sent passer sur son visage

La force du dehors, et peut-être est-ce pour cela qu’il ne faut pas s'abriter, qu’il est bon de faire face pour toucher et écouter les vents des grands espaces, comme dans cet enregistrement de Stéphane Marin dans les venteuses Pyrénées-Oritentales : 

Le vent se lève, il faut tenter de vivre

Paul Valéry

▶︎ Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle.

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