Marc-André Selosse, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, nous expose les enjeux du méconnu microbiote de la peau, par rapport à celui de l'intestin. En ces temps pandémiques, le microbiote lié à la peau est particulièrement attaqué par des savons parfois agressifs...

La peau
La peau © Getty

Paysage futuriste : une surface pavée de dalles irrégulières et blanchâtres, qui se délitent en plaquettes blanches, séparées par des crevasses rosées. Çà et là, des piliers brun-translucides ; un peu partout, des petits puits profonds s’ouvrent ; attention où vous marchez : il y a du liquide au fond, qui déborde parfois … Où sommes-nous ? Simplement sur votre peau, entre poils et débouché des glandes sécrétrices. Les puits sont l’ouverture de ces glandes qui fabriquent la sueur et le sébum, ce revêtement protecteur gras de notre peau !  

Non, non : il y a des bactéries et des levures partout, surtout autour des orifices des glandes ! Tiens, il y a même un minuscule acarien qui passe, un démodex ! Avec son dixième de millimètre, vous ne voyez pas à l’œil nu, mais il habite dans certaines glandes qu’il transforme en points noirs, autour du nez par exemple !  

Il y a surtout sur notre peau mille milliards de microbes, tout un microbiote donc, qui mange les peaux mortes et les sécrétions de nos glandes. 

Ce microbiote fait notre odeur. Les propionibactéries, par exemple, fermentent notre sébum en produisant de l’acide propionique auquel elles doivent leur nom. A basse concentration, il donne l’odeur de noisette de la peau ; à forte concentration, c’est l’odeur de gruyère de la peau sale. D’ailleurs, on retrouve les propionibactéries dans le gruyère, auquel l’acide propionique donne son odeur. Le Staphylococcus hominis de nos aisselles émet un déchet, le 3-méthyl-3-sulfanyl-hexanol, qui donne l’odeur de la sueur. Il y a aussi des levures, comme les malassezias dont la prolifération provoque des pellicules. 

Détrompez-vous, ce microbiote nous protège : c’est une véritable fourrure microscopique qui affronte les arrivants indésirables. 

Ainsi, plus de 20% d’entre nous portent des staphylocoques dorés sur leur peau, mais les autres microbes les empêchent de proliférer. 

Le Staphylococcus lugdunensis fabrique un antibiotique qui les inhibe. Les malassezias empêchent les staphylocoques dorés d’adhérer entre eux et à la peau, et les rendent plus vulnérables aux frottements. Une peau en bonne santé n’est pas dépourvue de pathogènes, mais simplement son microbiote les inactive !  

La comparaison de souris élevées en conditions stériles et de souris normales montre que les bactéries de la peau stimulent le fonctionnement du système immunitaire et qu’elles font cicatriser la peau plus vite après une blessure ! D’ailleurs en milieu hospitalier, on ne désinfecte plus systématiquement les cicatrices, sauf en cas d’infection. Le microbiote aide au bon fonctionnement de la peau. 

On parle beaucoup du microbiote intestinal, mais peu de celui de la peau. Or, on peut le toucher, le favoriser, ou l’abimer. 

Le peeling, qui emporte la couche superficielle de la peau et ses microbes, est un crime de lèse-microbiote ! 

Optimisez plutôt la fréquence de vos douches. De temps à autres, une douche frictionnée, sans savon et moins agressive, est suffisante. Proscrivez les savons bactéricides qui détruisent le microbiote. La recrudescence actuelle des états exémateux (multipliés par 3 en 30 ans ; qui touchent un enfant sur 3 à présent) est en partie due à des microbiotes appauvris par excès d’hygiène, où prolifèrent des staphylocoques dorés.  

En temps de COVID, il faut bien sûr utiliser du gel hydroalcoolique, mais seulement après avoir touché des surfaces contaminantes ou avant de toucher sa bouche ou ses yeux. Surtout, il faut préférer un bon savonnage, moins agressif et aussi efficace.  

La peau c’est deux mètres carrés d’alliés microbiens, dont l’aide se mérite par une propreté mesurée.  

Marc-André Selosse
Marc-André Selosse © Radio France / Musée National d'Histoire Naturelle
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