L’année dernière Laury-Anne Cholez présentait la carte des luttes contre les projets inutiles et imposés avec des collectifs qui se battent contre des aéroports, fermes-usines, barrages, ou des centres commerciaux. Un an plus tard, la plupart des collectifs sont toujours bien vivants!

Aujourd’hui, point de morosité ! Laury-Anne Cholez  va  nous parler de victoires, de succès et de reconquêtes

L’année dernière, elle était venue présenter la carte des luttes contre les projets inutiles et imposés. Il s’agit de collectifs qui se battent contre des aéroports, fermes-usines, barrages, ou des centres commerciaux. Un an plus tard, la plupart des collectifs sont toujours bien vivants et continuent leur bataille. Alors on en a même rajouté et on arrive à 300. Il existe bien 300 collectifs qui se battent contre Des projets de bétonnage du territoire. Parmi eux, pas mal de nouveaux qui se battent notamment contre l’empire Amazon.

Alors bien entendu, certaines luttes ont disparu, car on ne gagne pas à tous les coups. Mais aujourd’hui on va plutôt parler des victoires. L’une des plus célèbre est celle Europacity dans le nord de Paris, contre l’implantation d’un méga complexe commercial et de loisir. On a aussi une victoire contre un center parcs, à Roybon en Isère. Mais aussi contre une porcherie géante à Ossun dans les Pyrénées. Contre un surf park à côté de Saint-Nazaire. Ou encore contre un projet immobilier qui devait détruire une zone humide à coté de Saint-Malo.

Toutes ces victoires, c’est une excellente nouvelle, mais ce n’est pas si simple  car pour certains collectifs, il plane toujours une épée de Damoclès au dessus de leur tête. Ils ne sont pas à l’abri d’un revers judiciaire ou un changement de municipalité peut faire repartir le projet. Par exemple à Chambéry, la nouvelle mairie avait promis de ne pas construire un parking avant de faire marche arrière pour des histoires de contrats totalement verrouillés.

Mais il y a autre chose, comme un arrière goût d’inachevé... Les collectifs ne luttent pas seulement contre un projet mais aussi contre « son monde » contre le système de domination capitaliste. Et évidemment, ce système n’a pas été abolit. Alors si on gagne contre un aéroport, contre un centre commercial ou contre une usine polluante, on se gagne jamais totalement contre une multinationale. Amazon continue son déploiement en France. Tout comme Center Parcs. Et dans le collectif d’Europacity, on préfère parler de victoire d’étape. Parce que si le centre commercial ne sera jamais construit les terres agricoles ne sont pas encore sauvées définitivement de la bétonisation.

C’est un peu comme s’il y avait une incapacité à se réjouir des victoires ?  Pour schématiser, disons que les collectifs parfois se complaisent dans  une sorte de pessimisme ou dans une image romantique du perdant éternel. Laury-Anne a  interrogé une chercheuse Sylvaine Bulle. Elle est sociologue et elle a travaillé sur la ZAD de Notre dame des Landes. Elle explique que l’idée du bonheur n’appartient tout simplement pas à la grammaire de la lutte. Par exemple à Notre dame des landes, les zadistes ont réussi à faire annuler le projet d’aéroport, mais ils n’ont pas renversé totalement le système. Et tant qu’il perdure, pour certains la victoire ne sera pas totale. Sylvaine Bulle appelle cela le pessimisme existentiel.
 

Pourtant, les victoires sont importantes ? Elles sont même cruciales. Tout d’abord, pour se redonner du courage et de l’énergie, tenter d’oublier un instant le pessimisme ambiant. Et surtout pour pousser d’autres imaginaires. Chaque victoire à l’échelle locale, c’est une petite pierre de plus dans la chaussure du système. Une étape supplémentaire dans la construction d’une nouvelle société moins prédatrice, moins consommatrice, plus inclusive et plus résiliente.

Cet article de Laury-Anne Cholez, est à retrouver dans  Reporterre, le quotidien de l'écologie

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