C'est l'heure du son de la Terre avec Jérôme Sueur. Aujourd'hui on écoute les pic verts...

Pic épeiche
Pic épeiche © Getty

Ah là c’est facile, c'est un pic n'est-ce pas ?

Oui, Mathieu, c'est un pic épeiche (Dendrocops major) qui joue des percussions contre un arbre enregistré par Marc Namblard. Ces tambourinements sonores qui résonnent loin dans la forêt sont dus aux becs des mâles qui martèlent les troncs à une vitesse folle de 6 à 7 m/s, leur cerveau subissant une décélération de 1000 g, soit 200 fois plus qu’un astronaute. L'asymétrie du bec, la longueur de l'os hyoïde et la structure spongieuse du crâne absorberaient les chocs contre le bois.

Mais à quoi servent ces percussions ? 

Ces percussions servent à défendre un territoire et à attirer les femelles. Dans une étude récente, Maxime Garcia et ses collègues de l'Université de Saint-Etienne ont étudié les tambourinements de 92 espèces de pics. Ils ont pu démontrer qu'il existe une certaine quantité d'information dans le rythme et le tempo des tambourinements propre à chaque espèce si elles habitent la même forêt.

Mais c’est tout, est-ce qu’ils ne font pas autre chose en tapant ? 

Les pics tapent aussi le bois pour se nourrir et creuser des loges qui leur serviront de nids, et qui seront aussi investis plus tard par d'autres oiseaux comme les chouettes ou les hiboux. Voici un pic noir (Dryocopus martius) qui creuse...

Les pics attaquent les arbres pour trouver des larves de coléoptères qui se nourrissent de bois souvent affaibli par la présence d'un champignon. Un de ces coléoptères est la grande vrillette (Xestobium rufovillosum). Ce petit insecte a envahi nos logements détruisant nos meubles, poutres et parquets. Ce coléoptère est aussi connu sous le nom d'horloge de la mort, ici enregistré par Boris Jollivet...

Pourquoi ce doux nom d’horloge de la mort ? 

Les mâles, toujours eux, prennent l'initiative et commencent à taper le bois dans lequel ils creusent des galeries. Presque comme les pics, ils se cognent la tête contre le support selon une séquence régulière qui rappelle le tic-tac de « La pendule d’argent Qui ronronne au salon, Qui dit oui, qui dit non, qui dit : je vous attends » (Les Vieux, Jacques Brel) 

Lorsque la femelle entend le mâle se frapper la tête, elle répond avec d'autres tapotements. Ce duo de percussion permet au mâle de s'orienter vers la femelle effectuant une recherche en lignes droites interrompues par des pauses et des rotations du corps.  

A l'opposé du tapotement discret de la grande vrillette, voici pour finir une percussion et un cri ostentatoires émis par Aragon, un jeune mâle chimpanzé adulte d’un peu plus de 20 ans suivi de près à Sébitoli en Ouganda par Sabrina Krief du Muséum.... 

Ces percussions sur les contreforts des arbres de la forêt tropicale seraient un moyen de montrer sa force et assureraient une communication à longue distance permettant de coordonner les espacements et les mouvements d'individus appartenant à une même communauté.

On trouve finalement beaucoup d'informations dans quelques simples percussions sur bois alors fermons les yeux, ouvrons les oreilles et écoutons les rythmes des forêts, ce sera bien. 

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque, avec pour cette chronique des enregistrements de Marc Namblard, Boris Jollivet, et Sabrina Krief. 

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