Chaque semaine, Jérôme Sueur nous fait découvrir des sons de la nuit réunionnaise, captée par Fernand Deroussen avec en premier plan le Bulbul de la Réunion

Le cirque de Mafate à la Réunion
Le cirque de Mafate à la Réunion © Getty / Loop Images/Universal Images Group

Où sommes-nous Jérôme ? Quelle est cette nuit que nous écoutons ?

Il s’agit de la nuit réunionnaise, captée par Fernand Deroussen avec en premier plan le Bulbul de la Réunion (Hypsipetes borbonicus) dont le nom créole est merle peï.

L'échenilleur de la Réunion, dit le Tuit-tuit (Lalage newtoni), est une des huit autres espèces endémiques de la Réunion. Il s'agit d'une des espèces d'oiseaux les plus rares au monde puisque qu'il ne resterait plus qu'une quarantaine de couples occupant 12 km² dela forêt de La Roche Ecrite, dans le nord de l'île. Ces derniers couples sont menacés par plusieurs prédateurs introduits : le rat noir (Rattus rattus), le rat surmulot (Ratus norvegicus) et le chat domestique (Felis catus).

Mais pourquoi ce nom de Tuit-tuit ? 

En effet, le Tuit-tuit fait tuit-tuit comme on peut l'entendre dans cet enregistrement très rare de la SEOR, la Société d'Etudes Ornithologiques de la Réunion :

Ce chant est relativement puissant et facile à reconnaître. La SEOR a donc mis en place un programme de suivi du tuit-tuit à l'aide de magnétophones automatiques placés dans la forêt. Cette écoute devrait permettre de mieux connaître la biologie et la démographie de cet oiseau exceptionnel. 

Des techniques d'espionnage similaires ont d'ailleurs été mises en place pour rechercher un autre oiseau-trésor, le pétrel noir de Bourbon (Pseudobulweria aterrima) dont on peut entendre la voix rauque du mâle puis la voix éraillée de la femelle dans cet autre enregistrement de la SEOR :

Cet oiseau marin a une histoire unique. Les premiers individus ont été observés dans les années 1830, puis sporadiquement dans les années 1890, et 1970. On le pense alors disparu, quand en 2001 un individu est enregistré pour la première fois depuis 30 ans. En 2015, la SEOR met alors en place un programme de grande envergure pour trouver les sites de nidification à l'aide d’enregistreurs automatiques installés dans 121 sites. C'est enfin la découverte de 18 sites de nidification. La SEOR ne s'arrête pas là et développe un projet de renforcement des populations à l'aide de terriers artificiels - car l'oiseau niche sous la terre - associés à des haut-parleurs qui diffusent des sons du pétrel et les attirent.

Le pétrel noir de Bourbon est un oiseau marin.

Qu'en est-il de la diversité sonore sous-marine de la Réunion ?

La Réunion est une île jeune. Née il y a environ 5 millions d'années, les récifs coralliens, à l'ouest, sont peu nombreux mais recèlent une diversité animale unique. Simon Elise de l'Université de la Réunion y a plongé à de maintes reprises ses hydrophones. Écoutons le son crunchy des crevettes pistolets, les gémissements des baleines à bosse et enfin les poissons perroquets qui broutent avec leurs fortes dents les coraux pour se nourrir des algues qui y sont cachées :

Il y a 15 ans, aucune baleine à bosse (Megaptera novaeangliae) ne croisait au large de la Réunion, mais la population de ce mythe océanique aux vocalises médusantes a augmenté et des individus passent aujourd'hui l'hiver austral entre la Réunion et Madagascar donnant à la Réunion des concerts annuels uniques.

Alors fermons les yeux, ouvrons les oreilles, prenons le temps d’écouter, et laissons les sons revenir.  

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum National d'Histoire Naturelle.

Références :