Une lutte a lieu en ce moment contre un projet industriel dans l'estuaire de la Loire, à une quarantaine de kilomètres de Nantes, c'est au Carnet. Le Grand-Port-Maritime de Nantes-Saint-Nazaire souhaite y implanter un parc dédié aux « éco-technlogies »

Une ZAd s'est installée sur le futur site du Carnet
Une ZAd s'est installée sur le futur site du Carnet © AFP / Sébastien Salon-Gomis

Le Carnet est un espace naturel qui était auparavant une île, et qui a été, à partir des années 70 utilisé comme dépôt de matériaux. On y a notamment déposé du sable issus du dragage du fleuve 

Le bras qui séparait l'île des berges a été comblé au fil du temps. Mais depuis, la nature a reconquis le terrain et au Carnet, on trouve, sur 395 hectares, une mosaïque originale de paysages, qui mêlent roselières et prés salés. On y recense 116 espèces protégées. Le Carnet est un lieu de balade pour les habitants des environs, mais surtout, il est connu pour avoir défrayé la chronique dans les années 80, parce que l’État a souhaité y implanter une centrale nucléaire. Ce projet a suscité une forte mobilisation. De nombreuses familles ici s'en souviennent. Certaines en sont même encore divisées. Des rassemblements anti-nucléaires ont rassemblé jusqu'à 30.000 personnes à l'époque et finalement le projet a été abandonné en 1997. 

Aujourd’hui, on parle à nouveau du Carnet, parce que le Grand-Port-Maritime de Nantes-Saint-Nazaire souhaite y implanter un parc dédié aux « éco-technlogies » . Le Grand Port souhaite faire des travaux d'aménagements sur 110 hectares, en remblayant des espaces naturels et en créant notamment des appontements, pour faire venir des entreprises. Il a annoncé, en parallèle, un projet de restauration des milieux naturels sur 285 ha. Mais dans un contexte où l'Etat s'est fixé comme objectif «zéro artificialisation nette», ce projet industriel passe mal...  Surtout qu'on ne sait toujours pas à quelles entreprises vont servir ces aménagements... malgré les appels du pied du Port pour les faire venir. Le Carnet ainsi a été présenté par l’Élysée dans une liste très contestée de sites livrés «clé en main» où les industriels pourraient s'installer rapidement. 

Après avoir longtemps évoqué des projets liés aux «énergies marines renouvelables», le Grand-Port évoque désormais des industries liées à la «voiture non polluante». Bref, c'est très flou, et beaucoup ici craignent qu'une fois les aménagements en place, cela ne soient finalement que des entreprises classiques et polluantes qui s'installent... 

Mais sur place, la résistance s'organise, une Zad – Une Zone a défendre – a même été créée. Cet été, le Port a commencé à mener des travaux d’enlèvement de plantes invasives, une étape indispensable avant d'envisager d'autres travaux. Des opposants au projet ont donc décidé de s'installer, pour empêcher la venue de ses engins de déblayage.  Depuis début septembre, des militants bloquent 24h/24h l'accès au site par la route, avec des barricades, et ont installé des lieux de vie. L'ambiance est bonne enfant, l'organisation bien rodée, et de nouvelles personnes arrivent chaque jour... 

Face à cette contestation, la direction Grand Port a annoncé ne pas vouloir aller à l'affrontement et mettre son projet «en pause»... En plus, le président socialiste du conseil départemental de Loire-Atlantique, Philippe Grosvalet, a fait savoir en marge d’une conférence de presse, qu'il trouvait que le projet du Grand Port n'était « pas assez précis » a réclamé « plus de clarté ».  Selon lui, il ne saurait y avoir de projet au Carnet « que s’il est dédié à la question des énergies renouvelables »...Ce qui ne semble donc plus vraiment au programme...  Tout cela donne un peu l'impression d'un projet qui vacille, mais ce n'est peut-être qu'une brève accalmie, avant de nouveaux remous... Car le Grand-Port continue d'afficher sa détermination à attirer des entreprises. La Région veut même en faire «le plus grand port de la façade atlantique». Rien que ça. 

Avec  Héloise Leussier l’article à retrouver sur Reporterre.net , le quotidien de l'écologie

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