On avait remarqué lors du premier confinement une forme de silence collectif. Est-ce le cas pour ce second confinement ? La réponse de Jérôme Sueur, bio-acousticien au MNHN

Les silences du confinement
Les silences du confinement © Getty

Il est vrai qu'au mois de mars la majeure partie des activités humaines avaient été interrompues, si bien que nous nous étions retrouvé dans une forme de calme sonore, un silence plutôt reposant. Cette fois, le travail n'a pas été totalement arrêté : les routes sont utilisées, les transports fonctionnent, les travaux continuent. Le silence n'est donc pas vraiment là, mais c'est tout de même l'occasion de s'interroger sur la notion de silence. 

En première approximation, le silence pourrait être vu comme l'absence totale de sons, un calme plat, a priori sans vie. Le silence total n'est donc pas forcément espéré, il est même interdit à la radio. C'est plutôt stressant pour nous, gens de radios.... Le silence total est en effet stressant, mais, à l'opposé, les bruits que les humains génèrent par leurs activités, notamment leurs machines ont des effets délétères sur la vie animale. 

Quand l'homme arrête de gesticuler pour produire, émerge alors une forme de silence, qui laisse place aux sons de la nature. 

Le Silence des hommes est le titre du dernier CD de Fernand Deroussen, que nous commençons à bien connaître ici. Pendant le confinement du printemps, dans des conditions acoustiques exceptionnelles, Fernand Deroussen a pu enregistrer la nature autour de chez lui, dans le Vercors. C'est un témoignage naturaliste unique, révélant une nature retrouvée, faite d'oiseaux, de chevreuils, de loups, d'amphibiens, d'insectes, tous dépollués de la bruyante présence humaine. 

Est-ce que l'on a des premiers résultats scientifiques sur les effets de ce silence des hommes? Elizabeth Derryberry de l'Université du Tenesse aux Etats-Unis a pu analyser la communication sonore d'un petit oiseau, le bruant à couronne blanche (Zonotrichia leucophrys), avant et pendant le confinement dans la baie de San Francisco. Avec un premier enregistrement effectué avant le confinement, un enregistrement pollué par la circulation automobile  et un second enregistrement effectué au même endroit mais durant le confinement, tout devient plus clair. Dans leur étude publiée dans la revue Science, les chercheurs montrent que les bruants ont chanté moins fort, qu'ils ont étendu leur spectre fréquentiel vers des fréquences basses et qu'ils ont doublé leur distance de communication, étendant ainsi leurs territoires sonores.

Le confinement a donc créé des conditions environnementales exceptionnelles qui ont permis d'entendre ces oiseaux à des distances deux fois plus grandes et de percevoir quatre fois plus d'individus. 

Les oiseaux ne chantaient pas plus fort, ni plus, on les entendait juste mieux. C'est une certitude absolue, les poubelles sonores humaines ont un effet désastreux sur la santé humaine, animale et des écosystèmes. Il est grand temps de reconnaître le bruit non pas comme une simple gêne mais comme une pollution au même titre que la pollution chimique.

Fermons les yeux, ouvrons les oreilles, taisons-nous, ce sera franchement mieux.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque.

Jérôme Sueur
Jérôme Sueur © Radio France / Muséum National d'Histoire Naturelle
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.