Aujourd'hui, Marc-André Sélosse, du Museum National d'Histoire Naturelle, nous explique pourquoi le Coronavirus pourrait s'installer durablement, mais d'une façon plus diffuse, aux côtés d'autres grandes maladies

Le virus. Il est sans doute là pour longtemps. Bien sûr, on le jugulera, mais il persistera probablement. Peu de maladies ont été exterminées, si l’on excepte le virus de la variole, éradiqué en 1980. Considérez le sida ou Ebola : on doit (et on peut) les gérer mais ils persistent. Coté SARS-CoV-2, on soigne mieux les malades et on vaccine…

Vous pensez que le virus ne s’éteindra pas ?Le vaccin n’est pas efficace à 100%, il y aura toujours quelques cas – sans doute moins graves, car la vaccination semble éviter les formes aiguës. On vivra normalement mais avec le risque de variants, et d’un scénario évoquant celui de la grippe saisonnière. Cela implique un nouveau vaccin de temps à autre. Ces variant sont des mutants : le SARS-CoV-2 mute peu, mais le nombre de mutants dépend aussi du nombre de virus existants. Le risque de variants restera élevé tant qu’on n’aura pas vacciné le monde entier, pays du Sud compris ; or, on ne se presse guère à leur chevet… Mais il y aura peut-être une bonne nouvelle pour ce monde d’après…

Ah, quand même ! Laquelle ? Peut-être aurons-nous appris notre force collective. Le virus utilise l’homme comme un groupe : il attaque parfois mortellement ceux qu’il infecte car il exploite une collectivité. Si un individu meurt, le festin continue sur un autre individu du groupe. Mais nous, avons-nous compris que nous sommes une collectivité ? Parce que c’est notre force !

Aucune des protections n’est parfaite pour l’individu. Les masques réduisent la probabilité de transmission, mais incomplètement. L’isolement, idéal dans l’absolu est… invivable sans quelques sorties… et donc incomplètement efficace. Les vaccins ont une efficacité limitée, ne protégeant totalement que 70 à 90% des vaccinés.

Imparfaites sur le plan individuel, ces protections constituent un puissant rempart pour le groupe si nous les pratiquons tous. En effet, si tout le monde vit masqué, le virus a peu de chances de franchir deux masques pour passer d’un malade au suivant. Si tout le monde se vaccine, le virus trouve moins de relais pour se propager (c’est l’immunité collective). Si nous limitons nos regroupements avant d’être vaccinés, la transmission diminue encore. 

Face à une maladie contagieuse, la réponse ne peut être que collective : chacun se protège par le biais des autres. On l’a dit, vacciner les pays du Sud, c’est éviter des variants chez nous demain. Devant la Covid-19, nous sommes un groupe, et forts en groupe. 

N’est-ce pas évident ? Peut-être, pour un biologiste ou un écologue. Cette force collective, enseignée par les gifles d’un virus, pourrait être apprise dès la maternelle ou aux écoles de politique ou de journalisme. Aujourd’hui, certains messages de la biologie relèvent de l’éducation civique, qui mobilise pourtant peu cette discipline. Dans le monde de demain, nous construirons peut-être mieux une vision collective de nous-mêmes. 

Et c’est le thème d’un tribune que vous publiez aujourd’hui dans Ouest-France ?Oui, avec des collègues, au nom d’une fédération soutenant l’enseignement des sciences de la nature, la Fédération BioGée, on rappelle qu’un masque bien ajusté, une distanciation respectée ou une vaccination sont doublement généreux : ils contribuent à notre santé collective et ils signent une fraternité et un respect des autres. 

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, à réécouter sur Franceinter.fr

Cette chronique reprend des éléments d’une tribune plus large publiée dans Ouest-France par la Fédération BioGée 

Thèmes associés