Vous avez peut-être vu passer l'été dernier cette drôle d'idée de chercheurs japonais. Ils proposaient de remplacer les insectes pollinisateurs par des bulles de savon chargées de pollen.

Le bourdon
Le bourdon © Getty

Ingénieux, mais tout de même un peu triste. La pollinisation des plantes ne se fait pas dans le 'pop' des bulles mais plutôt dans le 'wizz' des insectes.

Les bourdons, notamment, jouent un rôle important dans la pollinisation des plantes à fleurs. On connaît tous le son que fait un bourdon en vol. C'est un... bourdonnement, bien sûr, un bourdonnement dû aux mouvements rapides des ailes. Ecoutons un peu le vol du bourdon, un interlude lyrique de Bombus terrestris, ici composé par Fernand Deroussen et non Rimski-Korsakov.

Mais le bourdon, un peu pataud, plutôt sympathique, produit d’autres sons plus aigus quand il visite les fleurs

Ce petit sifflement, ou buzz floral, est bien différent du bourdonnement mais il est produit par les mêmes muscles alaires. Ici le bourdon est posé sur la fleur et ne vole pas. La contraction des muscles alaires est découplée des ailes mais déforme quand même le thorax de l'insecte produisant des vibrations dans l'air - le son que l'on entend - mais aussi et surtout des vibrations dans le corps du bourdon.

Selon Mario Vallejo-Marin de l'Université écossaise de Stirling, ces vibrations, qui montrent des accélérations, des vitesses et des

fréquences supérieures aux sons produits en vol, sont transmises à la fleur via le corps du bourdon, notamment par sa tête. Ce sont surtout les étamines de la fleur, et plus particulièrement leurs extrémités en forme de casque ou anthères, qui vibrent avec le son du bourdon et libèrent alors le pollen. Le bourdon secoue littéralement la fleur. Le costume noir du bourdon se retrouve pailleté de pollen, assurant ainsi la pollinisation.

Mais est-ce qu’il existe des plantes sensibles aux sons des pollinisateurs ?

Très étonnament, oui. Une équipe de chercheurs de l'Université de Tel-Aviv en Israël a démontré cette année que les larges pétales jaunes de l'Onagre de Drummond (Oenothera drummondii), une plante originaire d'Amérique du Nord, vibraient au passage des abeilles en vol.

Dans ce cas il n’y a pas de contact entre l’insecte et la fleur. Ces pétales sont donc des récepteurs sonores externes, en quelques sortes des oreilles végétales, sensibles à la fréquence des bourdonnements alaires des abeilles et probablement d'autres pollinisateurs.

Cette sensibilité sonore déclenche chez les plantes la production rapide, de l'ordre de trois minutes, de sucres supplémentaires dans le nectar. Cette hyperglycémie végétale constitue une récompense pour les insectes qui ont alors tendance à revenir sur ces plantes et à y rester plus longtemps favorisant la pollinisation.

Plantes et insectes seraient donc gagnants : l'une se reproduit, l'autre se nourrit. La réception sonore des plantes pourrait même avoir influencé la forme des fleurs.

Alors la prochaine fois que vous observerez des fleurs dans un champ ou dans une forêt : faites silence car “pollinisation en cours” !

Fermez les yeux, ouvrez les oreilles et les fleurs, ça sentira bon.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque avec pour cette chronique des enregistrements de Fernand Deroussen.

Jérôme Sueur
Jérôme Sueur © Radio France / Muséum National d'Histoire Naturelle
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