Les midichloriens ? Ce sont ces micro-organismes de Star Wars. Imaginés par George Lucas, ils déterminent la réceptivité à la Force et donc la capacité à devenir un Jedi.

La chronique du vivant avec Marc-André Selosse en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle  des  midichloriens .

Les  midichloriens  sont des micro-organismes de Star Wars. Imaginés par George Lucas, ils déterminent la réceptivité à la Force et donc la capacité à devenir un Jedi. Mais la réalité dépasse la fiction, car cette histoire a été inspirée à Lucas par un fait bien réel : nous avons nous-mêmes des bactéries dans nos cellules !

L’histoire commence avec les travaux de microscopie d’un allemand, Richard Altmann, qui découvre des corpuscules microscopiques dans les cellules animales en 1890 : on les retrouve partout, dans les cellules des plantes et des champignons aussi ! Leur forme allongée leur vaut le nom de mitochondries, du grec mitos, le filament.

On ignore alors leur rôle, mais on observe qu’elles résultent toujours de la division en deux d’une mitochondrie préexistante. Cela évoque la façon dont les bactéries se divisent et certains proposent que les mitochondries soient des bactéries. Le français Paul Portier, l’un des découvreurs du choc anaphylactique, publie en 1915 un livre défendant l’idée que ce sont, je cite, « des bactéries symbiotiques », c’est-à-dire vivant dans les cellules.

Il le démontre ? Lui et d’autres essaient de les cultiver au laboratoire. Mais c’est malheureusement impossible, car ces bactéries ne se développent plus que dans les cellules ! Pourtant, Portier parvient à cultiver ce qu’il croit être des mitochondries. Ce sont en fait des contaminations par d’autres bactéries, et ceci jette des doutes sur la nature bactérienne des mitochondries. Des scientifiques font retirer son livre du catalogue des éditions Masson, et le remplacent en 1919 par un ouvrage de réfutation, ennuyeux, écrit par l’un des frères Lumière, Auguste. 

Les années 20 à 40 élucident le rôle des mitochondries : elles sont le lieu de la respiration de la cellule ; l’endroit où, avec l’oxygène, des sucres sont oxydés pour en libérer l’énergie nécessaire au fonctionnement cellulaire. Ces centrales énergétiques sont connectées à la cellule qui leur fournit le carburant et à laquelle elle restitue l’énergie. Rien ne pousse donc à imaginer que ce sont des bactéries…

L’idée était donc fausse ? Non ! Dans les années 1950, elle a reçu l’appui de preuves issues de nouvelles technologies. La microscopie électronique montre des structures des mitochondries qui rappellent celle de bactéries. On découvre que la respiration est réalisée par de nombreuses bactéries libres ! Enfin, on découvre de l’ADN dans les mitochondries : elles ont leurs propres gènes, très semblables à ceux des bactéries ! Plus précisément, elles sont parentes de bactéries pathogènes qui vivent dans les cellules et y provoquent des maladies, comme le typhus.

Pas une bonne nouvelle, alors ? Si ! Car les mitochondries, elles, aident les cellules en réalisant leur respiration et aussi en fabriquant certaines molécules. Le rôle énergétique a inspiré les midichloriens à George Lucas ! Les mitochondries sont devenues des composants ordinaires des cellules animales et végétales, transmises de génération en génération par les cellules reproductrices (chez nous, par l’ovule maternel).

Il y a des bactéries partout. Vos cellules, chers auditeurs, sont bourrées de mitochondries : vous en avez plus que de cellules humaines, car chacune de nos cellules en contient entre 10 et 1000 ! Elles fabriquent l’énergie qui nous permet de vivre, et si j’ai la force de dire « je », c’est un peu elle qui parlent ! Schizophrénique, non ?

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle et c’est à réécouter sur France inter

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