Marc-André Selosse du MNHN nous raconte cette semaine l’intelligence des plantes … en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle

De nombreux livres et documentaires présentent la plante sous le registre de l’intelligente et de la sensibilité.  Il y a à apprendre des faits qu’ils racontent et ils ont ramené l’attention sur les plantes . Mais dire que les plantes sont intelligentes n’est ni leur faire justice, ni aider les auditeurs. 

Elles ont des réactions formidables. Certaines, comme la sensitive, replient leurs feuilles quand on les frôle, et évitent ainsi des dégâts. Quand cela leur arrive trop souvent et sans dégâts, elles arrêtent de réagir ! D’autres ont des racines qui grandissent dans la direction de sons d’écoulement d’eau ! Elles sont capables de transmettre des influx électriques entre leurs parties (un peu comme notre système nerveux) : quand une partie est dévorée, elle envoie un signal et tout l’organisme produit alors des toxines pour se protéger.  Cela porte un nom : c’est l’adaptation, d’autant plus nécessaire à la plante qu’elle ne peut fuir. Donc elle doit percevoir le milieu, puis y répondre de façon adaptée ! Le résultat, étonnant, relève de la sélection naturelle, un mécanisme fondamental que cachent les mots intelligence et sensibilité. Surtout, on maquille grossièrement la plante sous des traits animaux. Inversez un instant : imaginez que les plantes appellent nos repas « la photosynthèse de l’homme » : restez immobile au soleil et vous verrez si ça marche ! 

La plante est irréductible à l’animalité, en voilà deux exemple. D’abord, elle effectue la photosynthèse : pas de tube digestif, pas de travail ou de chasse pour manger. Ensuite, la plante n’a pas de cellules comme nous : en fait, ce qu’on appelle une cellule de plante est relié à toutes ses voisines par de gros tubes, les plasmodesmes. Il n’y a donc qu’un seul espace cellulaire dans une plante, subdivisé en sous-zones interconnectées - qu’on appelle cellules, pour faire simple. Avec deux conséquences : d’une part, il n’y pas de cancer possible car il n’y a pas de cellules individualisé. Incroyable non ? D’autre part un signal électrique peut se propager de cellule en cellule par ces plasmodesmes. Chez les animaux, il faut une cellule allongée, le neurone, car les autres cellules, petites et séparées, ne peuvent se transmettre ce genre de signal. Mais chez les plantes, pas besoin de neurone, montage fragile tout juste bon pour les animaux !  

_Mais ces ouvrages sur l’intelligence des plantes ont ravivé un intérêt pour la plante, non ?  _La plante, vraiment ? ou juste un intérêt pour des traits animaux ? Certes, beaucoup de gens ont commencé à regarder les plantes : mais les ont-ils vues en elles-mêmes ?   Nous nous intéressons trop à ce qui nous ressemble, comme l’intelligence ou la sensibilité. Anthropocentriques, nous manquons d’empathie pour le monde vivant en lui-même, dans ses particularités. Et cela nous cache la nature des plantes ! Qui nous explique par exemple qu’une plante, immobile, est adaptée à la mutilation ? Perdre un bras pour un animal est catastrophique, mais la plante peut perdre une branche, mangée ou cassée par le vent, et elle la remplace. Eh oui, une taille bien faite en jardinage n’est pas contre-nature, elle utilise la logique propre de la plante. Comprendre la plante éclaire la façon de la gérer !  

Accepter que la plante diffère radicalement d’un animal, c’est commencer à comprendre ce qu’est la nature en elle-même : plus complexe qu’un reflet de nous-même ou des animaux. 

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle et c’est à réécouter sur Franceinter.fr

Marc-André Selosse
Marc-André Selosse © Radio France / Musée National d'Histoire Naturelle
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