Dix ans ont passé depuis l’accident nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011. Et il est toujours aussi difficile de tirer un bilan précis de cette catastrophe…

Dix ans ont passé depuis l’accident nucléaire de Fukushima, le 11 mars 2011. Et il est toujours aussi difficile de tirer un bilan précis de cette catastrophe… avec Émilie Massemin, journaliste à Reporterre le quotidien de l’écologie.

Un hebdomadaire national a même titré « Zéro mort, aucun cancer : le vrai bilan de l’accident nucléaire de Fukushima » ! Ce qui est évidemment inexact. En fait, le tableau le plus complet des conséquences de cet accident a été établi par le Comité scientifique des Nations unies pour l’étude des rayonnements ionisants, l’UNSCEAR. Son dernier rapport, publié le 9 mars, conclut effectivement qu’« aucun effet néfaste sur la santé des résidents de la préfecture de Fukushima n’a été documenté qui soit directement attribuable à l’exposition aux rayonnements résultants de l’accident ». Mais en se plongeant dans ce pavé de 258 pages, on comprend vite que cela ne signifie pas pour autant « zéro mort, aucun cancer »...

Comment ça ? Prenons le cas des cancers de la thyroïde chez les enfants. Après l’accident, une grande campagne de dépistage a été lancée sur plus de 300.000 Japonais de moins de 18 ans qui avaient été exposés aux retombées radioactives. Fin 2020, 198 cancers avaient été confirmés, ce qui représente un taux beaucoup plus élevé qu’ailleurs au Japon. Les scientifiques de l’UNSCEAR ont conclu à des surdiagnostics. Selon eux, le dépistage était tellement fin qu’il a détecté des cancers non évolutifs qui n’auraient probablement jamais été découverts. Le conseiller de la préfecture de Fukushima pour le risque radiologique, le Dr Yamashita, a même recommandé de suspendre le dépistage pour ne pas angoisser davantage les familles !

Mais ces conclusions ne font pas l’unanimité. Le professeur de chirurgie de la thyroïde de l’université médicale de Fukushima Dr Shinichi, qui a opéré les enfants malades, dit que 78 % d’entre eux présentaient des métastases ganglionnaires et 45 % une croissance invasive. Autrement dit, qu’un surdiagnostic était peu probable.

Pour les travailleurs du nucléaire aussi, c’est le grand flou. Fin 2018, six travailleurs de la centrale avaient été indemnisés parce qu’ils avaient été touchés de leucémies, de cancers de la thyroïde et du poumon depuis l’accident. L’UNSCEAR a identifié 174 travailleurs qui avaient reçu des doses de radioactivité très fortes, de plus de 100 millisieverts. Pour ceux-là, le risque de cancer est augmenté. Pour les autres, le comité dit que le risque est « indiscernable ». Mais il ne dit pas zéro cancer ! Plutôt que les cancers liés aux radiations ne sont pas repérables au niveau statistique.

Le rapport évoque aussi le bilan catastrophique des évacuations… . D’après les autorités japonaises, sur les quelque 160.000 personnes évacuées, 2.300 sont mortes prématurément. Ce bilan humain terriblement lourd conduit certains à remettre en question l’évacuation des territoires contaminés. Mais ce que l’UNSCEAR n’évalue pas, c’est le nombre de vies sauvées par ces départs contraints.

Et enfin, ce qu’on a tendance à oublier, c’est que le bilan aurait pu être beaucoup, beaucoup plus lourd si les vents n’avaient pas entraîné 80 % de la radioactivité vers l’océan Pacifique plutôt que vers les terres habitées.

la chronique du mardi en partenariat avec Reporterre, le quotidien de l’écologie avec la journaliste Émilie Massemin

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