Aujourd'hui, Jérôme Sueur bio acousticien nous propose d'écouter le chant des dunes dans sa chronique Le Son de la Terre en partenariat avec le MNHN.

Le chant des dunes
Le chant des dunes © Getty

Le désert n'est-il pas le lieu par excellence du silence ?

J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence...

Cet extrait du Petit Prince laisse supposer que le silence du désert n'est pas total, que quelque chose rayonne en effet, qu’il y a toujours un son, même minuscule. Le vent ensablé peut chanter dans nos oreilles et les glissements de nos pas dans les dunes brûlantes peuvent faire lever un chant profond et mystérieux 

D'où vient ce son ? 

C'est le chant d'une dune enregistrée au Maroc. Dès le XIIIe siècle, Marco Polo rapporte l'existence de sons comme celui-ci dans le désert chinois de Taklamakan. Le mystère acoustique de ces sons géologiques a été révélé par une équipe de chercheurs guidée par Stéphane Douady du CNRS. Le son des dunes est dû à de petites avalanches de sable provoquées par des changements thermiques, par des sautes de vent qui renversent des amas de sable ou par la marche d'un animal - un insecte, un chameau, un homme. La déformation du sable entraîne un décollement et un cisaillement de la couche limite, cette couche de surface qui s'enfonce sur une profondeur d'une vingtaine de grains de sable. Ces grains de sable sont mis en mouvement sur quelques dixièmes de millimètres. La friction entre les grains de sable, qui tombent les uns sur les autres, provoquent des petits chocs en cascade, comme si les grains jouaient à saute mouton. Une forme d'auto-synchronisation se met en place dans ces déplacements : tous les grains sautent en même temps. Les mouvements individuels deviennent un ballet dont émerge une onde sonore cohérente, qui peut atteindre 110 dB, l'intensité d'un orchestre symphonique jouant la Cinquième de Beethoven. 

Faut-il aller au Maroc ou à Oman pour entendre ces chants ? 

Graves, monocordes ou polyphoniques, parfois un peu modulés en fréquence, de temps en temps rugueux, les chants de dunes montrent une grande diversité sonore et peuvent s'observer un peu partout dans le monde, même si toutes les dunes ne chantent pas. Stéphane Douady et ses collègues ont tellement bien expliqué le chant des dunes qu'ils ont pu le modéliser et le reproduire au laboratoire. Faire chanter le sable est d'ailleurs à la portée de tous, sans nécessairement voyager : il suffit de remplir un sac de sable et de le compresser avec la main. Mais il faut choisir le bon sable car sa granulométrie, sa composition minérale, ses propriétés physico-chimiques règlent sa voix. Voici un chant de dune que vous pourrez refaire dans votre salon si vous avez du sable du Maroc dans vos tiroirs . Et si vous n’avez rien dans vos tiroirs, sachez qu’il est même possible de créer du sable chanteur en ajoutant un vernis d'argile à des billes de verre. De petits grains de sable émergent ainsi un grand son et la recherche de Stéphane Douady explique simplement et avec élégance un phénomène naturel incompris depuis des siècles : un très bel exemple de recherche fondamentale en sciences physiques.

Fermons les yeux, ouvrons les oreilles, écoutons les rayons sonores du désert, ce sera bien.

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque et avec, pour cette chronique, des enregistrements de Stéphane Douady.

Jérôme Sueur
Jérôme Sueur © Radio France / Muséum National d'Histoire Naturelle
Thèmes associés