Remettre de la matière organique dans nos sols ! Cela soutiendra leur biodiversité souterraine, qui s’en nourrit, en luttant contre l’érosion et contre l’effet de serre ! C’est faire ici ce que nous recommandons pour l’Amazonie.

La semaine dernière, on parlait de la forêt amazonienne. Nous disions qu’elle n’est pas une source d’oxygène, mais qu’il y avait deux raisons de la protéger : sa biodiversité et le fait qu’elle stocke du carbone . Ses troncs, ses racines et ses feuilles, c’est autant de CO2 en moins dans l’atmosphère. Au lieu de donner des leçons à Bolsonaro, on peut faire cela chez nous. 

Mais alors comment ? Vous avez déjà vu ce tableau agreste : un tracteur laboure un sol et des oiseaux volent derrière. Eh bien, c’est une hécatombe  car  la vie du sol est soudainement exposée à la sécheresse atmosphérique et aux prédateurs, comme ces oiseaux qui dévorent les vers. Les champignons sont aussi victimes du labour : leurs fins filaments microscopiques, dans le sol, sont déchirés par la charrue. Vous n’en verrez guère sur un sol labouré ! La diversité des bactéries est aussi affectée. Labourer affecte la biodiversité.

Le labour remonte des sels minéraux des profondeurs du sol et l’aère. L’air et l’eau circulent donc mieux, et c’est pourquoi les semis profitent du labour. Mais cette aération nuit au stockage de carbone dans la matière organique enfouie. Car les microbes qui ont survécu au labour respirent mieux, et du coup ils consomment plus vite la matière organique du sol ! 

En plus, dans un champ, on récolte les plantes : cela veut dire qu’il arrive d’autant moins de matière organique sur le sol. Hier, on compensait en épandant du fumier, qui rapportait de la matière organique et avait un rôle fertilisant. En effet, en se dégradant lentement, la matière organique du fumier libère des éléments nutritifs (azote, phosphore). Aujourd’hui, le fumier est remplacé par des engrais minéraux ! Comparez un sol de culture à celui de la forêt voisine : il est plus clair, moins riche en matière organique.

Mais tout va bien, si on a remplacé la matière organique par des engrais ? La matière organique est plus qu’un fertilisant. Elle a d’autres rôles. D’abord, elle relie entre elles les particules du sol : sans cette colle, l’érosion est plus forte… Surtout, on l’a dit, la matière organique est du carbone stocké dans le sol : aider certains microbes à la respirer grâce au labour, c’est la transformer en CO2 ! C’est comme brûler la forêt amazonienne ; cela se termine en effet de serre.

Alors que faire ? Remettre de la matière organique dans nos sols ! Cela soutiendra leur biodiversité souterraine, qui s’en nourrit, en luttant contre l’érosion et contre l’effet de serre ! C’est faire ici ce que nous recommandons pour l’Amazonie. On en a les moyens : regardez la matière organique jetée dans les poubelles françaises ! 50% seulement des déchets organiques sont recyclés en France ! Bon signe, Paris expérimente des poubelles brunes pour récolter ces déchets. Car c’est de l’or : cette matière organique améliorerait nos sols et, en se décomposant lentement, elle libérerait des éléments nutritifs (azote, phosphore) pour nos cultures.

Si chaque année on augmentait le stock de matière organique des sols de 0,4% (soit 4‰), cela avalerait l’équivalent du CO2 émis par l’homme la même année ! Bien sûr, on ne pourra pas en faire autant partout,  mais un minimum contrebalancerait une part de nos émissions. Nos poubelles sont un atout contre l’effet de serre et l’érosion, et pour la biodiversité.

Occupés à fustiger le Brésil, nos décideurs oublient que protéger la biodiversité et stocker du carbone, ça commence ici. A trop utiliser l’écologie pour lever des taxes et des controverses, on oublie qu’elle offre surtout des moyens d’action !

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle et c’est à réécouter sur Franceinter.fr  on mettra un lien sur ce 4‰ dont vous êtes un défenseur !

https://www.4p1000.org/fr/linitiative-4-pour-1000-en-quelques-mots

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