Aujourd'hui dans la chronique du vivant en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle Marc-André Sellosse nous parle de sols

Aujourd'hui dans la  chronique du vivant  en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle Marc-André Sellosse nous parle de sols. La sortie de l’hiver, les ballades dans la nature ont de quoi réjouir. Encore que le paysage a une couleur parfois maussade… Les champs ont été labourés l’automne dernier, c’est le rythme des saisons : ils vont bientôt porter les récoltes…

Vous voilà poète, c’est l’arrivée du printemps ?

Non, non, en fait, c’est un exemple démontrant combien notre contact avec la nature est rompu, car nous trouvons normale une monstruosité ! Dans ce cas, la couleur brune des campagnes labourées, habituelle en hiver, est impensable sans l’homme : normalement, un sol est toujours couvert de végétaux !

C’est grave ?

Oui, très, car le sol ainsi déstructuré et sans couverture végétale s’érode dix fois plus vite… Un sol de plaine labouré s’érode aussi vite qu’un sol alpin, même sans pente ! Une érosion minimale par l’eau et l’air est habituelle, et compensée par la formation du sol : mais le labour favorise une vitesse d’érosion de 1 à 10 millimètres par an en moyenne. Les sols fondent littéralement sous nos charrues ! Inversement, les pratiques d’agriculture sous couvert, qui sèment des plantes d’attente entre deux récoltes et ne labourent plus, ramènent l’érosion à son taux initial. D’ailleurs, diverses agricultures traditionnelles, comme celle des amérindiens, ne labourent pas : on enfonce juste les graines avec un bâton !

Mais alors, pourquoi labourer ?

Parce que labourer désherbe ; cela aère le sol et surtout, cela remonte les minéraux nutritifs des profondeurs du sol. Mais ce n’est avantageux qu’à court terme : par exemple, les trous issus du labour s’effondrent vite, exigeant de nouveaux labours pour aérer le sol. Rien à voir avec les trous ménagés par les vers de terre, ou par la croissance des champignons et des racines : ces trous-là, minuscules, sont stabilisés par la matière organique laissée par les êtres vivants et ils retiennent mieux l’eau… La vie du sol, qui fabrique le sol, est affectée lors du labour, en particulier les champignons, dont les filaments microscopiques sont déchirés !

Mais cela ne se voit pas trop, cette destruction du sols…

C’est lent, à quelques millimètres par an, d’éroder des sols épais de plusieurs mètres ! Observez les cités de l’âge du bronze ou de l’antiquité méditerranéenne : elles sont souvent entourées de sols squelettiques… alors qu’elles ont été implantées dans les régions les plus productives d’alors ! Le labour (et le surpâturage aussi) ont fait le reste, sur des siècles. Laisser le sol à nu, même peu de temps, c’est le tuer à long terme. L’agriculture prélève les intérêt d’un capital, le sol : le labour entame ce capital.

C’est sans espoir ?

Non, des pratiques comme l’agriculture dite « de conservation » parviennent à protéger les sols, mais trop peu d’entre nous l’encouragent de leurs choix de consommation. Dans nos habitudes, le « bio » s’est mieux imposé : en réduisant les pesticides, il fait un progrès vers une alimentation plus saine. Mais l’agriculture bio laboure, et ne garantit pas des sols durables… Le bio, c’est bien, mais demain il faudra des labels assurant la santé des sols. Cette question-là est moins intuitive.

Vous voyez, nous devons construire notre lien à la nature. Il ne suffit pas d’aimer les objets naturels, il faut veiller à leur logique et à leur durabilité, plus qu’à nos propres attentes…

C’était la « chronique du vivant » de Marc-André SELOSSE, en partenariat avec le Muséum national d’Histoire naturelle, à réécouter sur Franceinter.fr

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