En cet hiver où les remontées mécaniques des domaines skiables sont fermés pour cause de Covid-19, un animal profite du silence inhabituel qui règne sur les pistes de ski pour partir à la reconquête de son territoire, c'est le lagopède.

En cet hiver où les remontées mécaniques des domaines skiables sont fermés pour cause de Covid-19, un animal qui profite du silence inhabituel qui règne sur les pistes de ski pour partir à la reconquête de son territoire, c'est le lagopède. 

Camille   Belsoeur de Reporterre.net, a chaussé ses skis de randonnée pour explorer les abords du domaine skiable de Flaine en Haute-Savoie avec Betrand Muffat-Joly. Cet agent de la réserve naturelle nationale de Sixt-Passy est un grand spécialiste du lagopède, dont il suit la population depuis 25 ans. Le lagopède, c’est un oiseau à l’allure de poule qui se pare d’un magnifique plumage blanc l’hiver.  Relique de l’ère glaciaire, il adore en effet  les conditions très froides, un bon moins 10 degrés c’est un vrai temps de lagopède. Cet oiseau  qui appartient à la famille des galliformes, peuple aujourd’hui l’étage alpin des massifs français entre 2000 et 3000 mètres. Menacé par la hausse des températures, qui sont deux fois plus rapides dans les Alpes qu’en plaine, le lagopède souffre aussi de l’extension des stations de ski sur les versants nord des massifs où la neige est abondante, comme le lagopède qui adore l’ombre et le froid de l’ubac

Mais en cet hiver particulier, les scientifiques voient  revenir le lagopède sur des zones où ils n’avaient plus l’habitude de l’observer…. les conditions uniques de cet hiver avec beaucoup de neige mais des remontées mécaniques fermées ont permis aux spécialistes qui suivent le lagopède de voir comment cet oiseau réagit à cette absence soudaine d’être humains sur son territoire. Le constat est assez limpide, “la poule des neiges”, son petit surnom, est parti à la reconquête des domaines skiables. À Flaine, Bertrand Muffat-Joly suit depuis trois ans un lagopède équipé d’une puce GPS. D’habitude casanier et coincé sur une petite zone, ce volatile a depuis le début de l’hiver “une activité totale” pour reprendre les mots de Bertrand Muffat-Joly. Encore plus significatif, notre guide naturaliste a également observé un groupe de neuf lagopèdes sur les pistes. Une première depuis 15 ans à Flaine. “C'est hyper intéressant de voir comment les lagopèdes investissent l'espace actuellement” note Bertrand Muffat-Joly.

Le ski alpin ne ferait donc pas bon ménage avec le lagopède ? En effet, si les lagopèdes profitent autant du calme de la montagne en pleine épidémie qui nous confine, c’est qu’il s’agit d’un animal très stressé par ses rencontres avec des humains . À chaque fois qu’un skieur effraie sans le vouloir un lagopède, cela freine les rassemblements de ces oiseaux et donc leur fécondité. Pour mieux protéger l’espèce à Flaine, où est recensé l’une des plus importantes populations des Alpes, Bertrand-Muffat Joly travaille donc avec la station pour sanctuariser des zones de refuge pour l’oiseau glaciaire aux abords des pistes de ski. Il faut ajouter qu’il n’y a pas que le ski alpin qui dérange notre poule des neiges. Le boom cet hiver des activités hors-piste, comme la raquette, a un impact sur le lagopède qui voit des humains venir là où il était d'habitude très tranquille loin des domaines skiables. Le cas du lagopède nous invite donc à repenser l’impact des sports d’hiver sur la faune sauvage

avec Camille Belsoeur en partenariat avec  Reporterre.net, le quotidien de l'écologie

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