Par Evelyne Heyer, biologiste, professeur en anthropologie génétique. En partenariat avec le Muséum National d'histoire naturelle.

Aujourd'hui, on parle de la solitude de notre espèce parmi les humains....

Effectivement Mathieu, cela fait seulement quelques 30000 ans que nous sommes la seule espèce d’humain sur la planète. Il y a 60000 ans nous étions au moins 5. Le plus connu de nos cousins disparu est Néandertal. Il est issu d’une branche qui se sépare de la nôtre il y a 700,000 ans. Les ancêtres des néandertaliens sortent alors d’Afrique, comme tous les premiers représentants des humains. On a un jalon temporel : le site d’Atapuerca en Espagne. L’ADN d’un de ces humains datant de 430000 ans a pu être analysé et il serait un des ancêtres de Néandertal. 

Les squelettes que l’on peut vraiment qualifier de Néandertal par leur aspect se retrouvent entre 120000 et 35000 ans dans toute l’Eurasie de l’Espagne à la Sibérie en passant par le Moyen-Orient. Un Néandertal se reconnait bien d’un Sapiens, il a le crâne allongé en forme de ballon de rugby alors que sapiens est arrondi, en forme ballon de foot. Il a aussi un gros bourrelet au-dessus des yeux et surtout signe distinctif majeur, il n’a pas de menton. Seuls les sapiens, notre espèce ont un menton. Néandertal est de loin le mieux connu, on a retrouvé plus d’une trentaine de squelettes et des milliers d’os ou fragments d’os isolés. On sait qu’il enterrait ses morts, avait lui aussi des bijoux, chassait en groupe. La question de sa disparition fascine encore.

Le second proche cousin est Denisova, de celui-là on ne connait pas grand-chose. En fait, on l’a découvert par son ADN à partir d’un bout de phalange. Il vivait en Asie de l’Himalaya à la Mongolie et on pense qu’il était répandu jusqu’au sud de l’Asie car les hommes modernes se sont croisés avec lui le long des tropiques en allant coloniser l’Australie.

A cette époque il y a eu d’autres espèces d’humains ?

Oui, ces deux-là ne sont pas les seuls. Au même moment en Indonésie, sur l’île de Florès vivait Homo floresiensis dit le hobbit de la préhistoire. On a trouvé une centaine d’os appartenant à une quinzaine d’individus dont un pratiquement complet. Il est remarquable par une stature très réduite : environ 1m à 1m10. Malheureusement impossible d’en extraire l’ADN. Les analyses morphologiques les situent sur une branche plus divergente que celle du groupe Néandertal-Denisova. Ils seraient issus d’une sortie d’Afrique plus ancienne et en seraient des descendants. Ils seraient devenus petits suite à leur isolement dans cette île. C’est le phénomène d’insularisation qui peut faire soit des géants, comme les dragons de Komodo en Indonésie, des lézards géants de 2-3 mètres ou à l’inverse des formes naines comme les hippopotames nains dans les îles méditerranéennes ou le stégodon, une sorte d’éléphant nain de Sicile.

Tout récemment, l’année dernière un nouvel humain a rejoint le club. Il a été trouvé dans l’île de Luzon, une des îles au Nord des Philippes. On en a trouvé quelques dents, des os des pieds et des mains qui ont permis de le classer comme une nouvelle espèce. Là ce qui est absolument remarquable, comme pour l’ile de Flores,  est que cette île n’a jamais été atteignable à pied. Savaient-ils naviguer, ont-ils dérivé sur des radeaux de fortune ? Difficile à établir

Alors pourquoi toutes ces espèces ? 

L’évolution de notre lignée a toujours été buissonnante avec plusieurs espèces contemporaines, certaines se sont éteintes, d’autres se sont transformées en nouvelle espèces. Et, c’est plutôt maintenant l’exception avec une seule espèce d’humains, la nôtre ! 

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