Les glaciers du monde rétrécissent comme peau de chagrin avec le changement climatique. La fonte de l'eau glacée a pour effet immédiat une augmentation du niveau de la mer.

Le glacier d'Argentière
Le glacier d'Argentière © Getty

Une étude publiée dans Nature, l'an dernier estime une perte de 9625 gigatonnes d'eau entre 1961 et 2016, ayant conduit à une hausse du niveau des océans de 2,7 cm.

La situation la plus dramatique est en Amérique du Sud, mais les Alpes européennes ne sont pas épargnées avec un retrait des glaciers depuis 1850 et une diminution de 50 à 90 centimètres d'épaisseur par an. 

Les techniques habituellement utilisées pour suivre les glaciers relèvent de la télédétection, c'est à dire de l'imagerie par radar portée par des avions ou des satellites. Mais il existe aussi des techniques in situ, sur la glace. Ainsi, des chercheurs de l'Institut des sciences de la terre à Grenoble ont développé une approche originale de suivi des glaciers. 

Des glaciologues ont placé pendant 35 jours 98 capteurs sismiques sur le dos du glacier d'Argentière, dans le massif du Mont-Blanc. Les vibrations ainsi captées et analysées ont permis d'obtenir des informations sur les phénomènes de glissement, de frottement, de fractures ou d'écoulement à l'intérieur du glaciers. Pali Meursault et Thomas Tilly, artistes sonores, ont d'ailleurs créé le projet Radio Glace autour des glaciers alpins. 

Combinant une approche documentaliste et artistique. Ce travail témoigne du drame qui est en train de se produire dans les Alpes et ailleurs. 

Non loin de là, à Flaine, dans le massif du Giffre, évolue à plus de 1800 mètres un oiseau montagnard au comportement secret. Blanc comme neige, menacé par le réchauffement climatique et les installations de sports d'hiver, le lagopède alpin émet au lever et au coucher du soleil un champ pulsé et rocailleux qu'il accompagne parfois d'un vol à la trajectoire hyperbolique. 

Lagopède alpin
Lagopède alpin © Getty

Le suivi de cette espèce à forte valeur patrimoniale se réalise traditionnellement par des observateurs qui viennent sur le territoire des oiseaux et déterminent le nombre d'individus présents. Cependant, cette technique souffre de nombreux biais conduisant à une surestimation des populations en raison de la forte mobilité des animaux et des mauvaises conditions de visibilité. 

Frédéric Salle, de l'Université Jean-Monnet de Saint-Étienne, développe des techniques acoustiques qui permettent de recenser les individus présents en évitant les biais des comptages traditionnels. Glaciologues, artistes et écologues s'associent ainsi, sans le savoir, pour une meilleure connaissance de ces environnements de haute montagne tant menacés. 

Fermons les yeux, ouvrons les oreilles, écoutons le froid avant qu'il ne soit trop tard et ce sera déjà ça. 

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle et sa sonothèque

Jérôme Sueur
Jérôme Sueur © Radio France / Muséum National d'Histoire Naturelle