Chronique de Evelyne Heyer, biologiste, professeure en anthropologie génétique, en partenariat avec le Muséum National d’histoire naturelle. Aujourd'hui: notre héritage néandertalien.

Qu’est ce que Néandertal nous a transmis génétiquement ? 

D’abord un petit retour en arrière : en sortant d’Afrique, notre espèce,  Sapiens, a croisé une autre espèce issue d’une sortie d’Afrique plus  ancienne: Néandertal. Il s’est éteint il y a environ 35000 ans, mais  grâce aux analyses paléo-génétiques on connait son génome. Ces études ont démontré que notre espèce s’est croisé avec et que tous ceux qui ont  un ancêtre hors d’Afrique ont reçu environ 2% de son génome. La question qui se pose est qu’est-ce que ces deux pourcent de génome venu  de Néandertal changent pour ceux qui les portent ? Et bien c’est une question difficile. Tout d’abord un bout de génome néandertalien est  quasiment identique à un bout de génome de sapiens. Il y a seulement 3 pour mille différences en moyenne entre un bout d’ADN néandertalien et celui d’un Sapiens, trois fois plus qu’entre deux sapiens. C’est peu, mais suffisant pour savoir que le bout de génome est bien néandertalien.  Deuxième raison pour l’essentiel notre génome ne code pour rien. Seulement 2 à 5 % de notre génome est traduit en protéines ou régule directement cette traduction. Et donc permet d’avoir une idée des  changements potentiels sur notre phénotype, c’est à dire notre  métabolisme, notre apparence, etc. Le rôle du reste du génome est plus  subtil et bien moins bien connu, il jouerait en partie dans les niveaux  d’expression des gènes. Bref pour l’essentiel, on a reçu des bouts  quasi-identiques aux nôtres et pour lesquels il est bien difficile de  connaître ce qu’ils changent voir même s’ils ont un effet.  

Pourtant il y a bien que quelques bouts qui ont dû servir à quelque chose ?

Oui,  tout à fait, dans certains cas, on a reçu des bouts du génome qui sont  connu pour leur effet notre phénotype. Ces variants néandertaliens sont  impliqués dans les cheveux et la peau, les fonctions immunitaires, des  traits neurologiques, la morphologie du squelette.  Dans certains cas le  variant Néandertalien augmente le risque, comme pour les maladies  autoimmunes alors qu’il diminue le risque de cancer de la prostate ou le  risque de fausse couche. Pour le diabète certains variants en  augmentent le risque alors que d’autres le diminuent.  

Pour  plusieurs de ces gènes, surtout ceux impliqués dans les fonctions  immunitaires, on peut imaginer qu’ils étaient avantageux. Comme si en se  croisant avec Néandertal, on récupérait des bons gènes qui ont permis à  Sapiens de s’adapter plus vite au nouvel environnement plus froid,  moins ensoleillé avec des nouveaux pathogènes en Eurasie après sa sortie  d’Afrique. Ces croisements seraient une sorte d’accélérateur de  l’adaptation permettant 

de recevoir directement des bons gènes  sans attendre que la sélection naturelle, lente, sélectionne des  adaptations. On aurait ainsi profité des adaptations de Néandertal.  

Mais ce n’est pas toujours avantageux...

Oui, en fait un variant de gène peut être avantageux à un certain moment,  dans un environnement donné et ne plus l’être dans lorsque  l’environnement change. Ici l’actualité nous en offre un exemple  frappant : un variant qui rend plus susceptible de faire une forme grave  de covid-19 , donc un variant maintenant désavantageux, était  avantageux dans le passé et nous a été légué par Néandertal !

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