Voilà un son qui ressemble à ce que Jérôme Sueur nous a fait écouter la semaine dernière dans les mares...

L'inconnu
L'inconnu © Getty

il s’agit d’un son enregistré par David Rothenberg dans une mare. Je vous disais qu’il existait une quantité de sons inconnus qui grouillent sous l’eau. C’est ici le cas : je ne peux pas vous dire qui est l’auteur du son : un insecte, une plante, peut-être les deux à la fois. Je ne sais pas.

Il existe en fait des milliers de sons cachés dans les rivières, les forêts, les fosses marines.

A l'heure où je vous parle, des insectes, des araignées, des grenouilles, des crustacés, des oiseaux, des poissons, des mammifères chantent mais nous ne les écoutons pas.

"C'est une triste chose de songer que la nature parle et que le genre humain ne l'écoute pas", notait d’ailleurs Victor Hugo, naturaliste du grandiose.

Un autre exemple de son mystère, enregistré en forêt Guyanaise.

Il s'agit d'un son intense, répété, très présent dans la forêt. Il est facile à entendre et pourtant personne ne sait qui est le chanteur. Est-ce une grenouille, un insecte, un oiseau ? Nous ne savons pas car personne n'a encore eu la curiosité d'essayer de voir qui se cache dans la nuit pour chanter comme cela.

En 2017, des chercheurs brésiliens de l'Université de Santa Cruz s'interrogeaient sur un son un peu similaire venant de la canopée de la forêt atlantique brésilienne. 

Après 10 ans de quête sonore intermittente, les chercheurs croyaient avoir à faire à une grenouille. Par un heureux hasard le son anonyme se trouva dans une buisson proche de leur laboratoire. Les chercheurs purent explorer à loisir, cherchant l’énigmatique animal.

La surprise fut de taille : ce n'était pas une grenouille mais une majestueuse sauterelle dont les ailes nervurées imitaient les feuilles des arbres.

Mais finalement, est-ce grave de ne pas savoir qui chante ?

Oui, c'est catastrophique car il est absolument essentiel de décrire pour connaître, de comprendre pour protéger, d'archiver pour se souvenir. 

Sans références, sans bibliothèques du vivant, nous ne saurions rien des vies qui nous entourent.

Mais ne pas savoir est aussi rassurant car cela suggère qu’il y a au fond de la pièce une autre porte à ouvrir, un couloir à explorer. Ne pas savoir c’est la promesse d'une découverte, si petite soit-elle.

Étienne Klein nous le rappelait dans une chronique de France Culture : "L’ignorance est la grande affaire des savants (...). En somme, savoir ignorer, c'est ne jamais cesser de faire de la science."

Cependant, on pourrait aussi écouter le son pour le son, et rien d’autre, sans quête scientifique. On peut très bien apprécier de la musique, même savante, sans comprendre, sans décomposer, sans intellectualiser. On peut savourer un bon vin sans regarder l’étiquette. Pourquoi ne pas faire cela avec les sons de la nature ? Écouter sans savoir qui fait quoi, comment et pourquoi.

Bref, "à s'asseoir sur un banc cinq minutes avec toi et écouter la vie tant qu'y en a......".

Le son de la Terre, une chronique de Jérôme Sueur en partenariat avec le Muséum national d'Histoire naturelle.

Programmation musicale