Pour cette chronique, la biologiste et professeure en anthropologie génétique Evelyne Heyer s'intéresse à la transition démographique. Terminée ou en cours selon les espaces géographiques, les conséquences sont importantes avec une population mondiale sans cesse en hausse. Quels sont les enjeux et les perspectives ?

Nous sommes actuellement 7,8 milliards d’humains sur la planète, or nous étions moins d’un milliard il y a 200 ans ! Cette croissance est vertigineuse. Imaginez, quand vous êtes nés, nous étions presque moitié moins sur la planète.

C’est ce qu’on appelle la transition démographique. Avant nous avions beaucoup d’enfants, mais ceux-ci mourraient fréquemment. Au XVIIe siècle seulement la moitié des enfants atteignaient 15 ans ! Avec l’arrivée d’une meilleure alimentation et hygiène, de la vaccination, cette mortalité chute rapidement. La survie est bien meilleure. C’est la première phase : une diminution de la mortalité. Deuxième phase : une diminution de la fertilité, on fait moins d’enfants. Donc on passe d’une démographie avec beaucoup d’enfants mais qui meurent beaucoup à peu d’enfants qui meurent peu.

Mais cette diminution du nombre d’enfants n’est pas immédiate, donc pendant quelques décennies, il y a encore beaucoup d’enfants et qui meurent peu. C’est durant cette période que la croissance démographique est extrêmement forte. Par exemple, l’Angleterre est passée de 7 millions d’habitants en 1750 à 40 millions en 1900 soit 6 fois plus en seulement 150 ans. Sans compter les quelques millions qui sont partis coloniser l’Amérique du Nord, l’Afrique du Sud ou l’Australie. Pendant ce temps la France passe « seulement » de 25 millions à 30 millions.

La transition démographique a commencé en Europe, à la moitié du XVIIIe siècle, et maintenant tous les pays du monde ont entamé ou ont fini cette transition. 

A l’échelle mondiale, on est passé en moyenne de plus de 5 enfants par femmes en 1800 à 2,4 actuellement. Cette transition se produit à des rythmes très variables. Ainsi, là où il a fallu à l’Europe plus de 150 ans, l’Iran l’a faite en seulement 20 ans ! Les pays d’Amérique du Sud et d’Afrique du Nord ont aussi fait une transition accélérée en seulement 30-50 ans.

Les pays d’Afrique sub-saharienne sont les derniers à être entrés dans cette transition démographique et la font à des rythmes variables.

Actuellement à l’échelle mondiale, la fécondité varie entre 4,4 en Afrique, 2,1 en Asie et seulement 1,6 en Europe.

Dans certains pays, comme la Chine, c’est une volonté forte de l’état qui a imposé la politique de l’enfant unique. Cette politique accélère la transition qui était déjà entamée. Dans les autres pays, après une baisse de mortalité grâce à un meilleur état de santé, on voit que la diminution du nombre d’enfants est liée à des meilleures conditions socio-économiques et surtout au niveau d’éducation des femmes. Cette diminution du nombre d’enfants est plus ou moins rapide selon les pays.

On constate qu’un grand nombre de pays qui ont fini leur transition sont même allés vers moins de 2,1 enfants par femme. C’est le nombre minimum pour que la population reste stable. Par exemple à Singapour on compte 1.1 enfant par femme, la Chine 1.6, la Corée du Sud 1.27. Et en Europe, tous les pays sont en-dessous de 2 enfants par femme. L’Italie et l’Allemagne seulement 1,4, contre l’Irlande et la France autour de 1,9.

D’ailleurs certains pays s’alertent de la décroissance attendue de leur population, en l’absence d’immigration. Ils mettent en place des politiques qui inciteraient les femmes à avoir plus d’enfants. Singapour donne une prime aux femmes qui font un enfant et le gouvernement vient même ajouter une prime spécial covid pour rassurer les couples sur leur avenir financier et ne pas retarder la fondation de leur famille ….  Mais rien ne semble y faire…

Ainsi les projections démographiques s’accordent toutes sur une croissance de la population humaine encore pendant 30 ans, jusqu’à 9 voire 10 ou 11 milliards d’humains. 

Ensuite plusieurs démographes prédisent une décroissance de la population humaine. Tous les pays auraient alors terminé leur transition et nous devrions être moins nombreux sur la planète !

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