Evelyne Heyer s'intéresse à Gengis khan et à l'importance que pouvait représenter, à l'époque, le chromosome Y et le partage génétique avec ce leader mongol légendaire.

Un portrait de Gengis Khan
Un portrait de Gengis Khan © AFP / LIU ZHAOMING / IMAGINECHINA

Quelques chiffres évocateurs 

Sa diversité nous raconte des histoires paternelles. Dans les années 2000, des chercheurs britanniques font une découverte passionnante : 8 % des hommes de l’Asie du Nord partageraient le même chromosome Y, soit plus de 6 millions d’hommes. Avec les outils génétiques, ils datent l’ancêtre paternel de ces millions d’hommes il y a seulement 1000 ans. 

Un chromosome Y autrefois facteur de pouvoir

Une fréquence si élevée atteinte en si peu de temps ne peut s’expliquer par le hasard. Or que se passe-t-il en Asie du nord à cette époque : c’est l’apogée de l’empire mongole mené par Gengis khan. Il réussit à fédérer de nombreuses tribus en Mongolie et en Asie Centrale et crée un des plus vaste empire de tous les temps. Beaucoup plus grand que celui de Napoléon. Le Khan auréolé de son pouvoir a plusieurs enfants qui, à leur tour, ont hérité de ce prestige et du pouvoir. Le pouvoir et le prestige était transmis du père à tous ses fils. D’ailleurs, actuellement dans les populations Turks d’Asie Centrale, c’est un honneur que de pouvoir s’affirmer descendant de Gengis Khan. 

Ce que la génétique nous apprend, c’est que ces descendants ont à leur tour eu un fort succès reproducteur, et ce sur plusieurs génération. C’est cela qui a permis à ce chromosome Y d’atteindre des fréquences très élevées. Par exemple, en Ouzbekistan, en Asie Centrale, une des terres conquise par Gengis Khan, on retrouve ce chromosome Y fréquent. 

Gengis khan unique en son genre ?

Gengis Khan n’est pas le seul, on a pu retrouver comme cela à travers l’Asie du Nord une dizaine de chromosomes Y super fréquents. Un de ceux-ci est attribué au leader Gioccanda de la dynastie Qing au XVIe siècle. Les études génétiques estiment qu’il aurait actuellement plus d’un million de descendants au Nord de la Chine. Mais en fait l’attribution à Gengis Khan ou à Gioccanda est une belle hypothèse, une jolie histoire. Tant qu’on n’a pas l’ADN de ces anciens leaders, cela restera une belle hypothèse. Ce qui est par contre exact, dans tous ces exemples, c’est la transmission culturelle du succès reproducteur. 

Une transmission culturelle prestigieuse

Des hommes avantagés pour des raisons culturelles et non biologiques ont transmis à leurs descendants ces avantages. Ainsi ils ont pu répandre rapidement leur chromosome Y. Autrement dit sur plusieurs générations une forme de chromosome Y s'est super bien transmise grâce à la culture. On retrouve cet effet dans de nombreuses sociétés patrilinéaires. Des sociétés où le statut, la place d’un individu dans le groupe sont transmises uniquement par le père. L’importance des ancêtres par voix paternelle est tellement grande que dans ces sociétés les individus connaissent leurs généalogies paternelles sur plus de 7 générations. Et je me souviens d’un village au Kirghizstan, où toutes ces généalogies étaient dessinées sur les murs de la mairie. Cette transmission patrilinéaire entraîne l’augmentation en fréquence des chromosomes Y portés par certains hommes avantagés qui transmettent culturellement leur place dans la société. 

C’est tout un système qui favorise la perpétuation par voix paternelle des biens et du pouvoir que révèlent les données génétiques ! 

📖  LIRE - Auteure de L’Odyssée des gènes – 7 milliards d’années d’histoire de l’humanité révélées par l’ADN (Flammarion - 2020)

▶︎ Une chronique en partenariat avec le MNHN