Le plateau de Saclay, dans le sud de Paris, où se trouvent de nombreuses universités, comme l'école polytechnique, mais aussi des terres agricoles : ces terres sont menacées par la construction de la ligne 18 du futur métro du Grand Paris Express.

Bienvenue à Zaclay. Cela fait maintenant un mois que le collectif "non à la ligne 18" occupe un champ pour protester contre la construction de cette ligne de métro. Alors ils sont plutôt bien installés, c'est un vrai petit village de palettes avec une cuisine, des plantations de légumes, un dortoir avec des lits en paille, un camping avec des tentes, des toilettes et même une salle de bain. Ces militants sont partis pour rester longtemps et c'est d'autant plus facile pour eux parce qu'ils occupent légalement le terrain que leur prête un couple d'agriculteurs, dont les champs vont être balafrés par le passage de cette future ligne 18. Ils ne risquent donc pas l'expulsion policière et rechignent du coup à utiliser le mot "Zad". Mais cela n'empêche pas beaucoup de monde surnommer l'occupation Zaclay.

S'opposer à des transports en commun, n'est - ce pas un peu contradictoire avec le combat écologiste ?

Bien sûr ce n'est pas forcément évident au premier abord. Certains militants disent d'ailleurs que c'était plus facile de s'opposer au centre commercial Europacity, à Gonesse dans le nord de Paris. Beaucoup d'entre eux sont passés là-bas. Mais très concrètement lorsqu'ils vont tracter dans les marchés des villes concernées, personne ne leur jette des tomates pourries. Au contraire, ils seraient bien accueillis et les gens les féliciteraient même de se battre pour un projet qu'ils estiment trop coûteux, réalisé sans concertation, et surtout qui ne répondrait pas aux problématiques de transport des habitants.

Ce qui veut qu'on va créer une ligne métro qui ne servira à rien ?

C'est plus compliqué que ça. On peut distinguer deux parties dans la ligne 18. La première, qui se trouve à l'Est du plateau. Elle desservirait un bon nombre d'universités, comme l'école polytechnique, ou encore le CEA et divers centres recherches. Car c'est ici que le gouvernement veut créer une sorte de Silicon Valley à la française en rassemblant plein d'écoles d'ingénieurs et des startup. Mais pour l'instant, c'est très compliqué d'y accéder en transport en commun. Alors l'affaire se corse après ces universités, à l'ouest du plateau, lorsque la ligne 18 doit traverser les champs cultivés. J'ai d'ailleurs contacté Cédric Villani, qui est le député local en Essonne. Et lui même avoue que cette partie ouest mériterait d'être encore rediscutée car les réunions de concertation n'ont réussi à rassurer personne.

Pourtant, le plateau de Saclay est normalement préservé par par une zone de protection agricole naturelle et forestière baptisée Zpnaf.

C'est vrai, mais les militants craignent que ce statut ne soit pas assez protecteur face aux promoteurs qui sont les grands gagnants dans cette affaire. Il faut pourtant rappeler qu'une quinzaine d'exploitations se trouvent sur ce plateau de cinq mille hectares et elles approvisionnent vingt mille personnes en fruits et légumes. Dans une période où on promet de relocaliser la production maraîchère en Île-de-France, il faudrait peut-être mieux y réfléchir à deux fois avant de bétonner des terres cultivées.

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